Le 1er janvier aura commencé sous le signe de l'horreur : le Tate Museum rassemble les pires croutes concevables. Heureusement, c'est parfois simplement inutile, et c'est reposant, le temps de zieuter une salle environ quatre secondes, avant de passer à une autre. Très pratique, le lieu se visite en moins d'une heure, malgré ses deux étages d'exposition permanente (et gratuite, contrairement au Gauguin temporaire du 4ème), au 3e et 5e. Le bâtiment est très moche, une ancienne centrale électrique ; à l'intérieur, c'est très beau, et le hall d'entrée monumental avec sa grosse poulie attachée à une hauteur insensée est saisissant. Mais le contenu, quelle misère, que des déviants. Il y aurait une dizaine d'oeuvre à pleurer en cas d'incendie, notamment un Munch (pas des plus géniaux, mais quand même), un peu perdu. Mon oeuvre favorite : un miroir tout con ; j'aurais pu rester des heures à le contempler, mais on était pressé. Une vidéo montrait des hippocampes : c'était le plus intéressant (d'ailleurs, tout absorbé que j'étais, j'en ai perdu ma souris).

Un bus plus tard (parce que Laurent était chargé, sinon avec le beau Millenium bridge enjambant juste en face la Tamise pour mener à St-Paul, on aurait plus vite fait), nous voilà au Barbican. Là, il y THE expo que je veux voir, et finalement, la souris suit (les £10, même offerts, peuvent rebuter -- d'ailleurs il n'y avait pas grand monde, une dizaine de personnes tout au plus !) : du fashion nippon. "Future Beauty 30 Years of Japanese Fashion", au Barbican artgallery (au 3e, deux étages au dessus de la salle de concert), du 15 octobre au 6 février. Issey Miyake, Rei Kawakubo (Comme des garçons) et Yohji Yamamoto essentiellement, mais aussi un peu d'avant-garde de Junya Watanabe, Jun Takahashi, Tao Kurihara et Mintdesigns. Très peu de Kenzo, rien de Jun Ashida (dommage, j'adore !). Ce n'est donc pas un tour complet (d'autant qu'il n'y a que de la couture pour femmes !), mais c'est déjà extraordinaire : deux heures à tourner autour des robes aux drapés sensationnels, profondément inspirés de culture japonaise, mais pourtant résolument tourné vers autre chose, vers une autre voie qui plaît et parle à tous, européens compris. On reste très émus devant quelques pièces, essentiellement de Yamamoto (dont je recommande fort la visite de la boutique, entre St-Honorée et Rivoli, à hauteur de Hermès et de l'église -- orthodoxe il me semble --, pour situer). La souris note ce qu'elle veut commander ; je lui fais une estimation autour de 20.000€ (c'est pas donné, Yamamoto...). Quelques vidéos, enfin, et de la danse : au moins, là, c'est sûr, on est d'accord.

Le lendemain, on reste dans le fashion, la souris avait détecté en allant voir le feu d'artifice, une exposition sur René Gruau aux "Embankment Galleries" de Somerset House (on aurait pu faire du skating, tiens). £6 pour une heure de visite simple, où les dessins se succèdent : "Dior Illustrated, René Gruau and the line of beauty". Assez amusant de voir cela à Londres, avec la possibilité de lire ce qu'il y a sur les affiches, contrairement aux visiteurs très locaux (les Anglais parlant français sont français, d'une manière générale -- je ne vous raconte pas comment mon nom a été maltraité tout le long du séjour, alors qu'il est fort simple et commun). Je pense que comme d'habitude, la souris bravera les droits d'auteurs et vous fera un billet en images beaucoup plus intéressant que le mien. J'avoue que je ne connaissais pas, et que j'ai été fort séduit. Il faut dire que souvent, l'épure de la ligne a été inspirée par les maîtres japonais. En quelques traits, voilà une femme émouvante jetant un regard par dessus l'épaule. Classement thématique et vaguement chronologique ; quelques robes de Dior et de Galliano, à couper le souffle. Néanmoins, la quasi-totalité des dessins concernent des publicités pour des parfums (pour femme et pour homme), celles plus fashion concernant des magazines ; rien à voir avec Dior (tout comme les flacons de parfum n'avaient rien à avoir avec Gruau ! Contexte large...), mais bon, il fallait aussi rassembler du matériel. Et en soi, c'est fort original !