Chers lecteurs, cette semaine je vous ai chatouillé. Il convient de s'assurer que cela n'a pas été stérile. Cette semaine, la Russie a condamné encore une fois son premier opposant interne au pouvoir, malgré sa fortune. Cette semaine, la Tunisie a massacré les siens pour les empêcher de s'exprimer : le peuple tunisien avait, comme le peuple russe, formé une sorte de contrat informel. Leur liberté contre leur bien-être. Ils n'ont plus ni l'un, ni l'autre.

Pas de liberté pour les ennemis de la liberté : Comité de Salut Public, 1793. Destruction des idéaux par l'extrémisme idéaliste même. Nous sommes plus de deux siècles plus tard. Nous sommes instruits, de l'Histoire et des penseurs. Nous avons accès aux cultures étrangères, à leur mode de vie, nous pouvons comparer. Nous voguons dans la société de l'information.

40% Allemands et des Français ont peur de l'Islam. Les idées du front national progressent au-delà des 22%, plus de 40% au sein de l'UMP, où 20% seulement y sont opposés. On reproche massivement aux musulmans trop de visibilité ou... trop de droits accordés. Voilà à quoi mène le chiffon rouge de l'Islam. Voilà à quoi mène le dévoiement d'une valeur noble, la laïcité, à travers la stigmatisation. Les vrais chiffres ? En Europe, un seul et unique attentat sur l'année 2009, pour 294 actes de terrorisme. Pourquoi s'obstiner à soutenir ceux qui ne pensent pas, ceux qui ne se confrontent pas au réel, ceux qui ne trouvent d'exutoire que dans la dénonciation d'un ennemi imaginaire ?

La souris m'a dit, ces derniers jours, que l'on me comprenait bien plus à l'oral qu'à l'écrit. Elle n'avait pas compris pourquoi j'étais révolté contre les palpation et les scrutations continuelles dont on est victimes consentantes. Ni pourquoi le sujet de la tolérance et de la liberté individuelle me tenait tant à coeur. Mais que j'ose me défendre : ce problème n'est pas seulement le mien.

"They who can give up essential liberty to obtain a little temporary safety, deserve neither liberty nor safety." Voilà ce que disais Benjamin Franklin en 1775. Qui en a retenu quoi que ce soit ? Qui a retenu quoi que ce soit des écrits de Foucault, qui dans "Surveiller et punir" a démonté scrupuleusement les mécanismes du contrôle du corps, notamment dans sa façon de vêtir, à travers la normalisation, pour contrôler les esprits ? Qui a retenu la lettre persane XIV, où Montesquieu à travers l'histoire des Troglodytes montre comment un peuple devenu vertueux va sacrifier sa liberté, trop lourde responsabilité, pour son confort supposé ? Qui a retenu, avant ça, les écrits de Montaigne, d'Aristote, de Confucius ? Qui donc ? Lisez les commentaires sous mon billet "de la laïcité" : pas grand monde, j'en ai bien peur. Ça me désole, et ça me révolte.

Car quiconque a les moyens de penser se doit de penser. S'extraire de la matrice de ses préjugés, de ses acquis. Déconstruire, pour faire référence à un autre billet de cette semaine. Penser la société. Pour son bien, pour notre bien, pour le bien de chacun.

Voici une autre citation de Benjamin Franklin que j'apprécie particulièrement : "Our new Constitution is now established, and has an appearance that promises permanency; but in this world nothing can be said to be certain, except death and taxes." (1789)

Les jeunes sont mal partis (ou en version plus complète et plus noire encore). Jeudi noir réagit sur le logement et occupe le terrain : dénonciation des 200 immeubles vides répertoriés à Paris, 112.000 logements vacants, 330.000 en Île-de-France. Tout ça pour de la spéculation immobilières de compagnie d'assurances ou de banques, très françaises, qui ruinent impunément leurs co-citoyens, en toute légalité. Une solution : taxer le capital, lourdement, pour les entreprises comme pour les particuliers ; et taxer la succession, pour les jeunes. Ce qui se passe en pratique ? L'inverse. Pourquoi ? Parce que quasiment personne ne réfléchit, laissant progresser la corruption des dirigeants -- tout en ne se privant pas de se plaindre des effets directs comme indirects.

Je ne vois qu'une seule solution : il est de la responsabilité de ce qui ont les moyens de la pensée de rechercher le pouvoir. Les penseurs ne l'ont jamais fait. Confucius changeait de pays chaque fois que le souverain n'y était pas vertueux. Plus de 2500 ans plus tard, rien n'a changé. Évasion sociale ou non, j'entrerai en politique, lorsque je m'en sentirai prêt. Malgré le système abscons des partis. Par devoir responsable. Tant pis si ça chatouillera.