294ème semaine
Par palpatine le jeudi 13 janvier 2011, 00:50 - Throne Room - Lien permanent
Chers lecteurs, cette semaine je vous ai chatouillé. Il convient de s'assurer que cela n'a pas été stérile. Cette semaine, la Russie a condamné encore une fois son premier opposant interne au pouvoir, malgré sa fortune. Cette semaine, la Tunisie a massacré les siens pour les empêcher de s'exprimer : le peuple tunisien avait, comme le peuple russe, formé une sorte de contrat informel. Leur liberté contre leur bien-être. Ils n'ont plus ni l'un, ni l'autre.
Pas de liberté pour les ennemis de la liberté : Comité de Salut Public, 1793. Destruction des idéaux par l'extrémisme idéaliste même. Nous sommes plus de deux siècles plus tard. Nous sommes instruits, de l'Histoire et des penseurs. Nous avons accès aux cultures étrangères, à leur mode de vie, nous pouvons comparer. Nous voguons dans la société de l'information.
40% Allemands et des Français ont peur de l'Islam. Les idées du front national progressent au-delà des 22%, plus de 40% au sein de l'UMP, où 20% seulement y sont opposés. On reproche massivement aux musulmans trop de visibilité ou... trop de droits accordés. Voilà à quoi mène le chiffon rouge de l'Islam. Voilà à quoi mène le dévoiement d'une valeur noble, la laïcité, à travers la stigmatisation. Les vrais chiffres ? En Europe, un seul et unique attentat sur l'année 2009, pour 294 actes de terrorisme. Pourquoi s'obstiner à soutenir ceux qui ne pensent pas, ceux qui ne se confrontent pas au réel, ceux qui ne trouvent d'exutoire que dans la dénonciation d'un ennemi imaginaire ?
La souris m'a dit, ces derniers jours, que l'on me comprenait bien plus à l'oral qu'à l'écrit. Elle n'avait pas compris pourquoi j'étais révolté contre les palpation et les scrutations continuelles dont on est victimes consentantes. Ni pourquoi le sujet de la tolérance et de la liberté individuelle me tenait tant à coeur. Mais que j'ose me défendre : ce problème n'est pas seulement le mien.
"They who can give up essential liberty to obtain a little temporary safety, deserve neither liberty nor safety." Voilà ce que disais Benjamin Franklin en 1775. Qui en a retenu quoi que ce soit ? Qui a retenu quoi que ce soit des écrits de Foucault, qui dans "Surveiller et punir" a démonté scrupuleusement les mécanismes du contrôle du corps, notamment dans sa façon de vêtir, à travers la normalisation, pour contrôler les esprits ? Qui a retenu la lettre persane XIV, où Montesquieu à travers l'histoire des Troglodytes montre comment un peuple devenu vertueux va sacrifier sa liberté, trop lourde responsabilité, pour son confort supposé ? Qui a retenu, avant ça, les écrits de Montaigne, d'Aristote, de Confucius ? Qui donc ? Lisez les commentaires sous mon billet "de la laïcité" : pas grand monde, j'en ai bien peur. Ça me désole, et ça me révolte.
Car quiconque a les moyens de penser se doit de penser. S'extraire de la matrice de ses préjugés, de ses acquis. Déconstruire, pour faire référence à un autre billet de cette semaine. Penser la société. Pour son bien, pour notre bien, pour le bien de chacun.
Voici une autre citation de Benjamin Franklin que j'apprécie particulièrement : "Our new Constitution is now established, and has an appearance that promises permanency; but in this world nothing can be said to be certain, except death and taxes." (1789)
Les jeunes sont mal partis (ou en version plus complète et plus noire encore). Jeudi noir réagit sur le logement et occupe le terrain : dénonciation des 200 immeubles vides répertoriés à Paris, 112.000 logements vacants, 330.000 en Île-de-France. Tout ça pour de la spéculation immobilières de compagnie d'assurances ou de banques, très françaises, qui ruinent impunément leurs co-citoyens, en toute légalité. Une solution : taxer le capital, lourdement, pour les entreprises comme pour les particuliers ; et taxer la succession, pour les jeunes. Ce qui se passe en pratique ? L'inverse. Pourquoi ? Parce que quasiment personne ne réfléchit, laissant progresser la corruption des dirigeants -- tout en ne se privant pas de se plaindre des effets directs comme indirects.
Je ne vois qu'une seule solution : il est de la responsabilité de ce qui ont les moyens de la pensée de rechercher le pouvoir. Les penseurs ne l'ont jamais fait. Confucius changeait de pays chaque fois que le souverain n'y était pas vertueux. Plus de 2500 ans plus tard, rien n'a changé. Évasion sociale ou non, j'entrerai en politique, lorsque je m'en sentirai prêt. Malgré le système abscons des partis. Par devoir responsable. Tant pis si ça chatouillera.
Commentaires
Des gens intelligents avec des idées qui rentrent en politique ! Je n'y avais jamais pensé avant, ni personne d'autre d'ailleurs.
Vivement ton premier débat où l'idiot d'en face arrêtera ta plaidoirie d'un slogan idiot mais qui marche, d'une phrase assassine que tu ne pourras pas réfuter en moins de 300 autres. "non mais c'est beaucoup plus complexe" "Blabla monsieur palpatine, voulez vous retirer aux fils de pauvre le travail de toute une vie de leurs parents à leurs décès ? Elle est belle votre vision du monde" "non mais la taxation réinjecte" "allons bon et la compétitivité ?"
The whole problem with the world is that fools and fanatics are always so certain of themselves, but wiser people so full of doubts. Bertrand Russell.
Et les doutes ou les "attendez je ressors mes rapports universitaires économiques scientifiques sociologiques", ça ne marche pas/plus en politique.
Déjà lorsque tu arrêteras de prendre tes lecteurs* pour des idiots qui n'ont lu pas autant que toi, peut être qu'effectivement tu pourras te lancer en politique.Tu ne chatouilles pas, tu méprises les gens . Bien sûr ce n'est pas ce que tu dis, ô calimero je lis de travers tes notes, mais franchement surveille tes élans à l'écrit ,la souris a peut être raison, ça nuit à l'intelligence de tes autres remarques.
@Xuelynom : "Préférez-vous payer vos impôts de votre vivant, ou de votre mort ? Pour moi le choix est vite fait !". Ton pessimisme est pire que le mien, dis-moi ! Une solution à proposer, sinon ? (des hommes politiques qui réfléchissent ? Oui, j'ai trouvé Montebourg ces temps-ci ; qui ne racontent absolument jamais d'énormités ? Pas encore rencontré, et toi ?) (et puis je croyais qu'on me reprochait justement de ne douter de rien ! ;) )
@Marion : chatouilleuse ? Mes lecteurs sont particulièrement intelligents. Ils ont bien plus de capacité de réflexion que moi, et c'est un honneur de voir leurs qualifications, auxquelles je ne pourrais avoir accès. C'est bien le sens de ce billet. Le ton vif de ce blog est un vieux serpent de mer depuis sa création. J'ose croire cependant que l'on pardonne mes élans par la qualité assez unique du travail mené. Je n'oblige personne à me lire, soit dit en passant ; c'est une liberté fondamentale.
Sur le même mode, en continuation de ce billet : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/10/wikileaks-devoile-aussi-comment-fut-geree-la-crise-bancaire_1463277_3232.html
Quastion : faut-il être absolument corrompu pour accéder au pouvoir ? Je ne le pense pas. J'ose croire qu'ouvrir les yeux peut mener à renverser les choses. Jésus tendait l'autre joue, ça n'a pas marché ; Robespierre faisait tomber des têtes, ça n'a pas marché ; il est peut-être temps d'essayer autre chose.
@Xuelynom encore : j'ai pensé à J. Delors, du coup ; et à Confucius et son refus de la compétition (mamelle de notre civilisation) : "III.7. Le Maître dit : De vrais hommes de bien ne cherchent pas la compétition. Même dans un tournoi de tir à l’arc, ils se saluent et se cèdent mutuellement le passage au moment de monter dans la salle ; après le tournoi, tout le monde boit à la santé du vainqueur. Jusque dans la compétition, l’homme de bien reste un homme de bien." (il existe différentes traduction comme d'habitude très différentes de celle-ci, mais l'esprit y est)
Notons par ailleurs que Confucius est conservateur (limite réac'). Il y a une contradiction entre la recherche du pouvoir et l'humilité qui doit animer l'homme de bien. Ceci mérite résolution.
Bref, ta remarque répond à ce que j'entendais lorsque j'ai écrit "lorsque je m'en sentirai prêt". En attendant, je m'arme et augmente mon épaisseur de cuir (et je compte une bonne dizaine d'année) (je m'entraîne sur twitter pour faire plus court !).
Ah j'avoue, pas mal le contre-argument sur l'impôt à la succession :D
Sinon je reste pessimiste sur la capacité de l'humanité à faire des pauses réflexion ; ce qui ne veut pas dire que je méprise ceux qui se battent évidemment ; vu que les moyens entre les puissants corrupteurs assoiffés de pouvoir et les petits courageux philanthropes altruistes sont disproportionnés, il faut naturellement une réserve plus grande de ces seconds (de droite ou de gauche d'ailleurs).
C'est surtout que l'on voit rapidement où vont les soutiens. Un peu comme les pauvres qui soutiennent les baisses d'impôts pour les riches (parce que "on sait jamais"). Je trouve que ce débat sur la laïcité est très intéressant à ce niveau : je passe pour un méchant libertaire quand les soutiens vont naturellement aux arguments... des extrémistes droite.
Généralement, on a le gouvernement que l'on mérite. On va voir si les choses changent en Tunisie (où 40% des jeunes se déclarent prêt à l'émigration, pour un chômage des diplômés multiplié par 4 en 7 ans). Bref, je ne suis pas dupe. Mais pour reprendre la formulation de Louis Chauvel, faut-il pour autant "se flinguer" dès maintenant ?
Encore sur ce thème (je rattrape mon retard de lecture) : http://www.authueil.org/?2010/12/26/1734-extension-du-champ-democratique
"Trouver la porte dérobée pour entrer"
Ah mais oui, soit donc aussi clair à l'écrit! parce que le débat écrit, déjà, c'est assez pénible - temps de réaction, l'humour et l'ironie ne passent pas sauf à multiplier les smiley, pas de non-verbal évidemment... - alors si en plus on ne te comprends pas... (Comme Marion, je n'avais pas compris ta remarque) Et puis, quand tu feras de la politique, tu pourras te permettre quelques pamphlets pour le fun, mais il faudra aussi être compris... (j'avoue, je suis prudente (timorée, oui), et j'ai la hantise de ne pas me faire comprendre à l'écrit!)
Mais comme Xuelynom, je suis fort pessimiste sur les chances de l'intelligence en politique. Fais éminence grise plutôt, la réflexion n'est pas vendeuse. Même si tu seras sans doute meilleur communicant que les universitaires, au hasard, qui vendent quand même particulièrement mal leur cause...
Le contenu de ce billet est justement très pessimiste sur le fait d'arriver à se faire comprendre à l'écrit. Si de très, très grands penseurs y ont échoué en 2500 ans, je n'ai pas beaucoup d'espoir pour ma part.
Mais une hypothèse semble intéressante : il faut arriver à attaquer les préjugés, libérer les pensées du carcan où elles se sont enfermés, comme un cocon de sureté, aussi absurdes et contradictoires soient les arguments sur lesquels tout repose, comme une jésuistique. L'avantage décisif sur les Anciens serait en fait la psychanalyse (arriver à faire tomber les tabous -- grande entreprise par anticipation de Sade, enfin lu et reconnu comme philosophe ces dernières années) ; mais le problème est que chacun peut avoir des sensibilités différentes, sans compter les grands clivages sociaux de pensée (homme/femme en premier lieu), de telle sorte qu'un discours écrit ne sait jamais à qui il s'adresse par avance, et ne peut donc en aucun cas dénouer patiemment les noeuds de chaque pensée particulière pour la libérer.
Ça ne se fait pas trop sur le blog de Palpatine, mais il faut citer Yoda : "you must unlearn what you have learned". En écho à Confucius (qu'aimaient les Jésuites : est-ce si étonnant ?) : "Savoir que l'on sait ce que l'on sait et que l'on ne sait pas ce que l'on ne sait pas, voilà le vrai savoir".
Dans le même ordre d'idées encore : http://www.slate.fr/story/32681/zemmour-dieudonne-racisme-antisemitisme-justice
J'arrive un peu en retard.
Pour te faire mieux comprendre à l'écrit, prends exemple sur ceux qui sont pédagogiques et clairs, comme Eolas.
Évite aussi de faire des allusions ou des raccourcis que tu es le seul à comprendre, typiquement "on sait ce qu'il faut en penser depuis telle époque", mais je crois que tu en fais moins depuis quelque temps. Ton style devrait continuer à évoluer lentement mais sûrement, il est déjà moins brouillon qu'il y a deux ans.
Quant à "taxer le capital", il faudrait préciser de quoi il s'agit exactement, parce que pour l'instant c'est déjà le cas. Genre il n'y a pas assez de taxes en France... De plus, le marché de l'immobilier locatif est soumis à des règles dont on sait qu'elles sont au détriment de l'intérêt général, ça a été prouvé par des économistes (par de références sous la main à l'instant). Les locataires sont trop protégés (ça crée des logements vides parce que les proprios ne veulent pas de risque), et les subventions contribuent au maintien des loyers plus élevés.
Pour les prix à l'achat/vente, qu'y peut-on si un grand nombre de personnes veut habiter Paris ou proche banlieue, les prix montent ou restent élevés, c'est logique. J'espère seulement qu'on finira par avoir une vraie baisse, comme entre 1991 et 1998 : http://oje.rio-verde.net/divers/evo... (ma courbe ne prend pas en compte 2010 où les prix ont remonté, sont fous ces français).