Jordi Savall, lorsqu'il est dans un endroit civilisé, attire les foules. Pleyel affichait donc complet, ou presque : avec quelques places en retour pour contenter les Christian, il n'est resté que quelques trous épars. En échangeant avec une dame-ninja du 17e (et donc ignorant la CdM : trop loin), préférant se décaler un peu, j'ai donc pu avec une chance inespérée me replacer en bout de rang A, à coté de Hinata-chan (qui a décidément de meilleures places que moi, à chaque fois -- j'avais un rang E du même second balcon, comme la fois où nous nous étions repérés), baroqueuse ultime, dix-septièmiste (oui, c'est du 18ème en l'occurrence, moderne), bref incurable (mais on l'aime quand même -- surtout habillée en fille). En bas, les ninjas se casent tant bien que mal, Christian, gentement accompagné, arrive à se trouver deux places au rang A, on hallucine un peu, il ne va pas bouger de tout le concert (nous non plus, parce qu'on est des p'tits vieux, même pas qu'on a ressorti l'Allemand pour continuer mes révisions pendant l'entracte).

L'orchestre des Nations est manifestement un extrait recomposé de Hyspérion ; en tout cas, il y a le même percussionniste Machin (comme le cousin), qui ne s'est donc toujours pas étouffé avec sa barbe et ses cheveux. Manfredo Kraemer au concertino (argentin mais pas blond aux yeux bleus). Au programme : la fête du Rameau ! Quatre suites d'orchestre, avec césure à l'hémistiche (à propos de mot compliqué de lettreux, j'ai déjà oublié l'autre, là, c'est possible de me renvoyer ? -- update: ma mémoire a été plus rapide). "Naïs" (1748), "Les Indes galantes" (1735), "Zoroastre" (1749) et "Les Boréades" (1764). Titre de la soirée : "L'orchestre de Louis XV". Évidemment, sur instruments anciens, avec des cors démontables qui couinent.

Il y a un moment des Boréades (année de la mort du Rameau) qui m'a mis fort en joie (le public aussi, qui a voulu applaudir le morceau, mais Jordi a fait signe que ce n'était pas fini). Je connais décidément bien assez les Indes galantes pour les diriger (sans cuisse de souris). Mais une fois les trois bis venus, à partir de 22h10 (toujours très ponctuels !), pour retrouver les ref'... Y'a un peu tout qui se ressemble, quoi... Mais était-ce bien la scène de l'orage de "Platée", en second ? (largement prémédité, la machine à vent nous narguait depuis le début)

Je n'ai pas demandé à Jordi, qui m'a fait une très belle signature. Une fois Hinata partie pour de nouvelles aventures (c'est une vraie héroïne pire que moi, quand même), je suis en effet retourné dans le hall, qu'Alain Rey avait entre-temps quitté (ça fait deux fois qu'on le croise, avec mon agrégée de Lettres : on pensera à apporter une édition du dico historique pour la dédicace, au prochain concert baroque), pour faire la queue-dédicace, non sans m'extasier, cette fois de près, sur la flutiste Yi-Fen Chen, une beauté chinoise aux mensurations hinataesques (1m71/36 -- estimation pour la chinoise, Hinata fait 1m73, conformément aux standard palpatiniens plus stricts). Le charme du baroque, que tout cela.