concert bancal
Par palpatine le mardi 18 janvier 2011, 23:37 - ... et les arts - Lien permanent
Non, vraiment, ce concerto pour piano n°2 de Brahms était, pour moi, raté. Pas d'émotion, encéphalogramme plat. Philippe Jordan est un excellent musicologue, un intellectuel ; pour du Brahms, il faut de la vie, tais-toi et joue, émotion et passion, sinon il n'en reste rien. C'est d'autant plus dommage que la prestation de François-Frédéric Guy (que je croise sur FB via l'ami berlinois : fort sympathique !) était irréprochable de virtuosité. L'ennui, ça confère encore plus à cette pièce le rôle d'apéritif allongé.
Le public à l'opéra bastille est très nombreux ; la salle est presque pleine, ce qui est étonnant, d'autant que ce sont manifestement essentiellement des non-habitués, plutôt le genre d'individus qui met les pieds une ou deux fois à l'opéra par an, et qui n'a jamais visité Pleyel. Pour ma part, c'est une place non-négociable de l'abonnement jeune : facturée 23,50€ pour un troisième rang plein centre de second balcon, on peut se demander quel est l'intérêt légitime de forcer à ce tarif la prise d'une place, alors qu'en dernière minute on brade la première catégorie à 7€. Le but est bien de bourrer la salle par tous les moyens, et si avant ces concerts étaient vides, le but est atteint. Problème : le public n'y entend pas grand chose ; et je ne parle pas d'applaudir la sortie des artistes après ne pas avoir inviter le pianiste à bisser. Pour la seconde partie, on aura vu toute sorte de comportements plus ou moins pénibles d'incompréhension.
Après avoir fait un tour et croisé un ami ninja et B#5 (alors même que je matais une nouvelle ouvreuse aussi mignonne que ce que l'on embauchait avant en standard) -- Joël était juste derrière, au second balcon, mais on ne s'est vus qu'à la fin --, je suis donc reparti dans mes hauteurs, en repassant devant le bocal à riches de l'AROP, fermé avec les gros poissons dedans. Et donc, en passant par le couloir, je croise le directeur de l'opéra Nicolas Joël -- que je salue vite fait, et je sens qu'il a tenté de faire de même, mais tenté, hein, d'ailleurs je me demande s'il fait partie du quota handicapé --, aidé pour marcher. À l'image du concert : hémiplégique.
Parce que la seconde partie, c'était donc autre chose. Le sur-intellectualisme de Jordan correspond bien mieux à la symphonie n°15 de Chostakovitch, qui cite du Guillaume Tell (ça a fait rire le public, no comment) ou du Ring, souvent atonal, et qui a de grands moments désespérés qui ne sont pas sans rappeler du Messiaen. Et là, ça marche beaucoup mieux, il y a du volume, il y a de l'idée. On n'en pleure pas, on s'en souviendra difficilement d'ici trois semaines (et encore), mais ça n'avait rien à voir avec la première partie, c'est certain.
Commentaires
Je ne rendrais pas Philippe Jordan exclusivement responsable de cette interprétation (concernant le Brahms)... Et si Stefan Knüpfer avait été là, ç'aurait sûrement été différent!! (j'insiste, courez voir "Pianomania"!)