Non, vraiment, ce concerto pour piano n°2 de Brahms était, pour moi, raté. Pas d'émotion, encéphalogramme plat. Philippe Jordan est un excellent musicologue, un intellectuel ; pour du Brahms, il faut de la vie, tais-toi et joue, émotion et passion, sinon il n'en reste rien. C'est d'autant plus dommage que la prestation de François-Frédéric Guy (que je croise sur FB via l'ami berlinois : fort sympathique !) était irréprochable de virtuosité. L'ennui, ça confère encore plus à cette pièce le rôle d'apéritif allongé.

Le public à l'opéra bastille est très nombreux ; la salle est presque pleine, ce qui est étonnant, d'autant que ce sont manifestement essentiellement des non-habitués, plutôt le genre d'individus qui met les pieds une ou deux fois à l'opéra par an, et qui n'a jamais visité Pleyel. Pour ma part, c'est une place non-négociable de l'abonnement jeune : facturée 23,50€ pour un troisième rang plein centre de second balcon, on peut se demander quel est l'intérêt légitime de forcer à ce tarif la prise d'une place, alors qu'en dernière minute on brade la première catégorie à 7€. Le but est bien de bourrer la salle par tous les moyens, et si avant ces concerts étaient vides, le but est atteint. Problème : le public n'y entend pas grand chose ; et je ne parle pas d'applaudir la sortie des artistes après ne pas avoir inviter le pianiste à bisser. Pour la seconde partie, on aura vu toute sorte de comportements plus ou moins pénibles d'incompréhension.

Après avoir fait un tour et croisé un ami ninja et B#5 (alors même que je matais une nouvelle ouvreuse aussi mignonne que ce que l'on embauchait avant en standard) -- Joël était juste derrière, au second balcon, mais on ne s'est vus qu'à la fin --, je suis donc reparti dans mes hauteurs, en repassant devant le bocal à riches de l'AROP, fermé avec les gros poissons dedans. Et donc, en passant par le couloir, je croise le directeur de l'opéra Nicolas Joël -- que je salue vite fait, et je sens qu'il a tenté de faire de même, mais tenté, hein, d'ailleurs je me demande s'il fait partie du quota handicapé --, aidé pour marcher. À l'image du concert : hémiplégique.

Parce que la seconde partie, c'était donc autre chose. Le sur-intellectualisme de Jordan correspond bien mieux à la symphonie n°15 de Chostakovitch, qui cite du Guillaume Tell (ça a fait rire le public, no comment) ou du Ring, souvent atonal, et qui a de grands moments désespérés qui ne sont pas sans rappeler du Messiaen. Et là, ça marche beaucoup mieux, il y a du volume, il y a de l'idée. On n'en pleure pas, on s'en souviendra difficilement d'ici trois semaines (et encore), mais ça n'avait rien à voir avec la première partie, c'est certain.