On l'avait annoncé l'année dernière : Gustavo Dudamel quittait ses jeunes défavorisés géniaux pour le Los Angeles Philharmonic. Il nous rend visite ce dimanche-lundi, pour des places vendues à un tarif réfléchissant une forte taxe aéroportuaire. Après tout, ça permet à tous les ninjas de se recaser pas trop difficilement, en l'occurrence au rang G avec Christian, juste derrière les deux rangées de fans/mécènes/invités (pour la seconde partie, il a fallu se décaler d'une place, pour cause de retardataire ultra-mélomane, avec qui on a fait un brin de causette ; à la fin du concert, on a vu qu'elle était fort bonne amie... du directeur !).

Tout le monde ou presque est là ; Laurent a été croisé dans le hall (re-merci pour le bouquin, je me suis demandé comment j'avais oublié que j'avais commandé quelque-chose sur Amazon avant de lire la note), il y a Joël en haut de l'arrière-scène, et par un coup de Ranma 1/2, il s'est transformé en Klari pour la seconde partie (on a eu l'explication de cet échange dans le RER). Il ne manque que Gustavo, qui finit par arriver, avec ses cheveux. Car il dirige de tous ses membres, y compris capilairement. Ce n'est pas un chef comme les autres. Déjà, parce qu'il a 30 ans de moins que les autres en moyenne.

On commence par une première partie américaine. "Slonimsky Earlbox" de John Adams est une vraie bonne surprise. En un peu moins d'un quart d'heure, on passe du minimalisme au Stravinsky, en me faisant penser à tout un tas de monde, et pas forcément ceux cités dans le programme ; mais au final, c'est aussi original qu'agréable et plein de vie.

Le public préconquis applaudit fort (ce qui est surprenant pour une oeuvre pareille). Et puis c'est une chôse extraordinaire qui arrive. Kelley O'Connor, mezzo-soprano, dans une superbe robe bleue couture délirante à épaules nues. Mensurations de souris : un peu plus d'un mètre soixante-quinze pour un petit quarante. Et un visage, ooohhh, quand je dis que la trentaine est la meilleure période... On pourrait se damner pour ces petites rides du front, si expressives, comme sa voix sur la terrible lamentation qu'est la 1ère symphonie "Jeremiah" de d'un Leonard Bernstein de 24 ans (elle pourrait donc très probablement être juive, le texte étant en hébreu : ça expliquerait des choses). L'orchestre joue dans une harmonie parfaite, c'est épatant. Mais j'accorde à l'ami berlinois, plutôt déçu, que ça n'était pas la foire aux frissons (après vérif', j'avais effectivement un meilleur souvenir).

Entracte sédentaire. Et puis une septième de Beethoven. Là où c'est un peu bête, c'est que le Concertgebouw d'Amsterdam du 14 février a changé sa 7ème de Bruckner contre la 7ème de Beethov' aussi. Bref, je me rends compte que Laurent est venu pour du Beethoven : il est fort ce Gustavo ! Ce qu'il y a d'intéressant, c'est évidemment l'Allegretto : c'était fort bien. J'ai connu mieux dans l'ensemble, plus passionné, mais j'en ai été fort heureux tout de même.

En fait, après une standing ovation sur titre (lancé par les rangs de devant, toujours les mêmes, vous voyez ?), on a droit à un double-bis : la fameuse danse hongroise, et une valse de Bernstein (oublié l'oeuvre dont c'est extrait, il est tard tout ça...). Et là, on retrouve toute la pêche qui caractérise Dudamel : c'est tout de même là qu'il est le meilleur. On termine la soirée à 22h10 après 15 minutes de rab', dans une espèce d'anarchie avec du monde debout, du monde assis, du monde dans les travées. En fait, c'est presque plus de la ferveur "populaire" (à 110€ la place...) que du concert-du-siècle™ que l'on vient chercher ; on essaiera de déterminer demain si ça vaut intrinsèquement le coup (à 9€, c'est certain en tout cas !).


Chez Laurent.