Blindé, ce second concert du samedi soir. J'avais une place en AA : parfait pour mater les pompes d'un troisième violon (celles du chef sont des sneakers semelle gomme, qui jurent un peu avec sa veste queue de pie parfaitement ajustée manifestement par un tailleur -- il a des manches aussi courtes que les miennes, jamais un vendeur ne coupe à cette hauteur --, mais je soupçonne que c'est pour éviter de faire du bruit et avoir plus de souplesse), mais pour l'acoustique, c'est une autre histoire. À 20h00, il y a quatre places libres au rang F : c'est risqué, mais notre grigri de la veille (qui était encore en pleine discussion avec le dirlo à notre arrivée) y occupe justement une place. Las, les retardataires nous délogent, et encore deux fois même ; finalement l'ami berlinois se case au rang P, Christian et moi au N, tous en impair de côté. À notre niveau se trouve Christian Merlin. Laurent est en bout de rang G central pair, trop loin, et aucune entracte au programme, pas de chance. Car seule la 9ème symphonie de Mahler était prévue : une fin de concert pour 21h20 qui aura finalement plus de vingt-cinq minutes de décalage, quinze pour cause de retard du public puis du chef, et le reste certainement pour cause de loooooongueur d'interprétation. Toujours est-il que finalement, je suis rentré chez moi au même horaire que la veille, alors qu'il n'y a pas eu un seul bis.

Il m'a été difficile de ne pas m'endormir. Je m'en suis un peu voulu, en me disant que j'aurais dû me reposer mieux dans la journée ; mais justement, c'était une journée quasi-chômée (les joies de l'inorganisation...). Bon, elle est lyrique, cette symphonie, l'orchestre est super-synchro, avec des sonorités de ouf (y'a du cuivre bizarre sur la partoche, en plus), maaaais, il manque quelque chose. Genre de l'action. Comme je n'ai peut-être dû entendre la 9ème qu'une seule fois tout au plus (et encore...), je suis loin d'être un spécialiste. Mais les seuls moments où l'on sort de la torpeur, c'est dans des crescendos de folie qui retombent tout à coup sans avoir fait frissonner. Mouais, what else ?

En revanche, du coup, la fin est vraiment pathétique. On ne verse pas de larme (d'un autre côté, je suis un être insensible et méchant, surtout quand on parle de laïcité), mais cette descente en décrépitude, suivie de 45 (oui, 45 !) secondes de silence absolu (pas même un asthmatique, alors qu'entre les parties, c'était terrible, on aurait juré la grippe espagnole !), mémorable. Un comble, quand même : on se rappellera plus du silence que du reste... Les critiques musicomanes ont manifestement unanimement peu aimé (fallait voir le Merlin, il avait du mal à applaudir -- l'air bougon de l'ami berlinois était frappant, un autre m'a confié avoir failli mourir durant les deux premiers mouvements, soit plus de 45 minutes) ; le public était debout, en transe (aucune petite culotte de mécène n'a cependant volé -- ouf !), on aurait dit une révélation divine. Je soupçonne un effet de groupe, ou une auto-persuasion à 110€ la place. Ou alors, ce sont les boucles.

Tiens, oui, je vais me faire boucler les cheveux.