Ça faisait un bout de temps que je n'avais pas vu l'American Ballet Theatre, et encore, comme à l'époque je ne connaissais pas, à peine avais-je assisté, il y a trois ans, à une seule représentation (mais laquelle !). Comme Barenboim était plus-que-complet, à Pleyel, le week-end était quasiment libre ; de l'autre côté de la manche, au Sadler's Wells, les ricains (et surtout les ricaines) nous faisaient de l'oeil. Avec une souris sous le bras, le choix fut fait de retourner à la patrie des bien-habillés (et mal-habillées) quoique sauvages en société. En l'occurrence, le connard de la soirée fut un bon père de famille, arrivé à la bourre comme la demi-douzaine de ses accompagnateurs (fort heureusement, grâce à un peu de pré-cognition, j'avais visé le rang G du même premier balcon pour le replacement) ; bref, le gus s'installa comme un balourd, sortit des machin à bouffer qui craquent, regarda son mobile toutes les trente secondes, etc. Heureusement, après l'entracte, il disparu devant ; dans le groupe où se situait aussi la post-pré-pubère la plus salopement habillée que l'on puisse concevoir. Sont frappés ces Anglais.

La soirée a commencé avec "Seven Sonatas" d'Alexei Ratmansky, sur une suite de sonates de Scarlatti ; trois couples, ambiance éthérée et romantique, jolis pas de deux et ensembles. Entracte (toutes les demi-heures), et Twyla Tharp pour un pas de deux vitaminés (Gillian Murphy -- miam --, Blaine Hoven) : "Known by heart ('junk') duet", sur une bande extraite de "Junk music" de Donald Knaack, une suite de samples techno qui ne ressemblent à quelque chose qu'une fois mis bout à bout. C'est fort délirant et plein d'énergie, c'est du Tharp. Pause, puis tout à fait autre chose, "Duo concertant" de Balanchine. Certes un pas de deux (Misty Copeland -- des nichons encore plus volumineux que la précédente -- et Alexandre Hammoudi), mais cette fois, c'est ambiance bleue gnan-gnan, et deux musiciens sur scène, un pianiste et un violoniste, pour scandaleusement massacrer du Stravinsky. Les deux danseurs alternent simulation de pâmoison immobile devant la musique et danse romancée niaise, technique mais ennuyeuse.

C'est la dernière partie qui pète carrément : "Everything doesn't happen at once" de Benjamin Millepied, sur une musique de David Lang (orchestre sur scène, musique très contemporaine -- ce qui explique la contre-performance des musiciens précédents). 24 danseurs, et de la tuerie féminine incroyable dans le tas (de la vraie danseuse longiligne tout ça). Ça part dans tous les sens, effets de groupes, pas de deux, de trois, de chépakombien, et... Daniil Simkin. Le gus monté sur ressort, c'est ultra-impressionnant, un phénomène à la limite du monstre de foire. On se dit que sans lui, il faudrait même repenser la pièce...