Suite de l'operation balletomany, après l'ABT du vendredi soir : le Royal Opera House du samedi. L'horaire est très hautement étrange : 12h30. Le public est très anglais : on s'amuse avec la souris à faire de l'ehtno locale. Première fois, pour moi, au ROH aka Covent Garden ; il me fallait donc bien deux charmantes accompagnatrices pour affronter tant de nouveautés. D'autant que B#6 est une ninja alliant charme et efficacité (cette fille me plaît !) : pas même ne verrons-nous nos places perchées tout en haut de côté debout à 8€. À la place, nous nous caserons discrètement B#6, dans les places debout à 8€, mais Ô combien meilleures, celles dont m'avait instruit l'ami berlinois, et qu'apparemment seuls les friends (donc les plus âgés, paradoxalement), arrivent à obtenir.

Nous voilà donc bien en face de Giselle. Giselle, son prince polygame, ses Willis, sa tombe au fond à gauche, ses chaumières, tout était là, dans des décors très sympathiques, de grande qualité. Au royal ballet, peu de filles (et de garçons, certainement) sont issus de la population locale. Il faut dire que l'Anglaise est moche et a peu souvent la ligne. Il ne faut donc pas s'étonner si notre héroïne s'appelle Alina Cojocaru, très Roumaine, donc (oh oui, une fille de l'Est !). 29 ans, très épousable, on bave dessus tout le long, soit environ deux fois 50 minutes que séparent 25 minutes d'entracte (durant lesquelles on est évidemment tombés, toilettes des filles, sur de la balletomaniaque française).

Cette Alina est une tuerie ; avec elle, tout est simple, tout est beau, tout est élégant. Elle joue formidablement bien, elle danse formidablement bien (j'espère qu'elle ne fait pas que ça formidablement bien, je vous ai déjà dit à quelle point elle est jolie ?). En face d'elle, Johan Kobborg est un bel Albrecht romantique (il est aussi son prince dans le civil). José Martin est un Hilarion crédible. Seule la Myrtha de Hikaru Kobayashi (toujours pas d'Anglais à l'horizon, on dirait une équipe de foot) manque de rigueur dans l'interprétation de son personnage, un esprit frappeur qui faisait figure de gentille luciole.

Il y a un bon nombre d'éléments qui ont changé. Ça ne saute pas aux yeux du novice, mais pour avoir vu et revu et archirevu (avec B#4, essentiellement) ce ballet, à force, il rentre dans l'oeil. Je ne parle pas vraiment de remplacer un pas de deux par un pas de six, ça c'est le niveau balletomane. Les petits petits détails, en revanche, comme les alignements ou l'activation de Giselle par Myrtha, ça péchait un peu. Pour compenser ces légers désagréments (notamment la disparition finale de Giselle, loin d'être aussi poétique qu'à Garnier), l'orchestre (orchestra of the royal opera house, dirigé par Barry Wordsworth) est simplement excellent : à tel point qu'on découvre des qualités insoupçonnées à la partition (remixée) d'Adolphe Adam.

Et je vous ai dit que j'épouserais bien Alina Cojocaru ?