Lorsque l'Orchestre Royal du Concertgebouw d'Amsterdam se ramène à Paris, on se retrouve avec une salle blindé du sol au plafond, une armée de dernier-minutards devant un guichet fermé (l'ange déçu et l'ami japonais, toujours aux premières loges, ont pu gratter des places en ZZ à 10€ -- seul le premier a pu se replacer, avec brio), et même des désespérés dehors avec des cartons "j'achète 1/2 place(s)".

Dans le hall, on échafaude un plan d'action avec Christian, et d'ailleurs notre grigri-Patricia nous dit bonsoir -- Laurent m'apprend plus tard que c'est sa présidente des amis de Pleyel, en fait, d'où sa place en plein rang E ce soir, lucky girl. Opérations ninjas en cours. Au rang A, bonne pioche pour des amis, l'ami berlinois vise directement au J, on se trouve deux places en G impair, idéal pour le piano à venir. D'ailleurs, Christian Merlin a aussi du G, tandis que Marie-Aude Roux est bien derrière (mais elle a droit à une attention particulière du dirlo de Pleyel, que j'ai salué dans le hall : c'est qu'il est amateur de belles femmes, aussi, ça fait longtemps qu'on l'a grillé -- d'ailleurs il a même branché, une fois, la mie de Christian, qui s'est faite aussi, ai-je appris, carrément alpaguée par Luchini himself par deux fois : lucky girl & lucky boy).

Première partie : une ouverture de l'Italienne à Alger de Rossini (avec son chapeau chinois -- il me semblait que c'était une invention de Rossini, mais apparemment non, il aurait fait des modifs sinon ?) ; puis le concerto pour piano n°24 de Mozart. Mariss Jansons est un beau gosse, il a une manière de diriger ample et voluptueuse, il vous soulève un orchestre tout à coup, comme ça, dans un élan. Fin d'ouverture incroyable, Mozart élégant et relevé. Au piano, Leif Ove Andsnes, qui n'arrive pas à marquer mon esprit malgré (ou à cause de ?) son nom à la con, puisque je le vois une fois par an en réalité ; il a les doigts qui glissent, comme il nous le prouve avec un très beau bis (manifestement une Polonaise de Chopin). Un seul truc me traquasse vraiment : est-ce donc des contrefaçons de Lobb qu'il a aux pieds, ou un modèle de Williams remixées (je ne les connais pas encore toutes, mais le nombre de pièce de cuir me semble important, trois ou quatre) mal ressemelées ? Mystère.

À l'entracte, je profite du passé de Christian pour parfaire les questions pour ma première réunion de délégué du personnel dans quelques jours ; l'entracte doit durer moins de 20 minutes avant que ça ne sonne, et là, pas de chance, les deux propriétaires de nos places arrivent l'un après l'autre. On se sent alors l'âme nomade, si ce n'est l'âme Rrom ("you speak English ?"). Je repère deux places libres à l'extrême pair aux rangs E et G : le temps de sympathiser avec mon nouveau voisin, et voilà qu'un grabataire rentre avec une jeune femme à son bras, en même temps que le chef. Plan de secours d'urgence, on se rabat sur le rang AA, où j'avais ma véritable place. Comme prévu, c'est une place à la con : on y voit rien (à part des fesses de violoncellistes), on a les basses en plein dans les oreilles, et la suite n'a pas fait frissonner alors que c'était particulièrement parfait. Dire que c'est de la 3ème catégorie, mieux vaut encore l'arrière-scène. Anecdote fort amusante, mon DAF (qui convoque les DP et préside les réunions) était juste derrière au rang BB.

Seconde partie de Beethoven, et le pauvre Laurent doit donc se retaper la 7ème, celle-la même qu'a donné Dudamel il n'y a pas longtemps, devant à peu près le même public. De toute façon, avec un orchestre pareil, il aurait clairement manqué du monde pour la 7ème de Bruckner (oui, c'est un échange standard à numéro égal, Beethoven, Bruckner, ça commence par un "B", faites pas chier). Ceci dit, ça faisait un sacré gros orchestre pour du Beethov', quand même. Ce chef est hyper-expressif dans sa direction, mais derrière quatre rangées de violoncelles, c'est assez difficile de l'apercevoir.

Suivant l'ovation, un rappel nous est donné : alors que je m'attends à la danse hongroise #5 dont j'ai repéré la partoche, on a du Mozart, l'ouverture de Figaro (il est vrai que j'avais repéré d'autres violoncelles qui avaient du Mozart à la dernière page du Beethov'). Applaudissements soutenus de nouveau, encore un peu, aïe mes mains, et... rien. On arrête à 22h10. Encore un délégué du personnel pénible à cheval sur les horaires, certainement.