Le Forsythe de l'année par le ballet de l'opéra de Lyon avait lieu hier au TdV, et il était aussi bon que le précédent. Il aura fallu pour cela, tout d'abord, traverser des barricades qui me séparaient du théâtre : une foule d'admirateurs étaient en face du théâtre du Châtelet (pour les non-parisiens -- parce que ça existe -- : le le théâtre de la Ville est strictement en face, de l'autre côté de la place), pour shooter des fonctionnaires-acteurs allant se palucher autour de statuettes.

La souris était tout en haut en W ; j'étais tout en bas en C, bien centré. Première oeuvre au programme : "Workwithinwork", 1998, sur une musique de Berio ("duetti per due violini, vol 1"). Une quarantaine de minutes de définition de langage finalement assez proche de Cunningham, élancé, étiré, épaules en arrière, mouvements fluides... Mais finalement, c'est assez scolaire. En tout cas, j'ai du mal à tenir, pour un vendredi soir. 16 danseurs, construction complexe à l'apparence épurée. On sait que l'opéra de Lyon est l'antichambre de recyclage de l'école de danse de Paris, soit parce que les danseurs sont trop grands, trop petits, trop volumineux... Au final, ils forment un groupe totalement cohérent qui dansent des choses bien plus intéressantes que le ballet de Paris : comme quoi...

La seconde oeuvre "Quintett" emporte en revanche ma totale adhésion. 1993, cinq danseurs : trois hommes (Harris Gkekas, Franck Laizet, Jean-Claude Nelson) et deux femmes (Agalie Vandamme, Caelyn Knight), beaucoup de possibilités, toujours un laissé de côté en cas de double pas de deux. Sur la scène : un escalier à gauche espionné par un miroir concave et un projecteur massif à droite. En fond, une musique extrêmement répétitive, qui commence comme un chuchotement et finira assez fort au bout d'une demi-heure : c'est un extrait de Gavin Bryars, "Jesus' blood never failed to me yet", et avec ce refrain de 20 à 25 secondes, la répétition atteint facilement les 80 itérations. L'idée est de lâcher prise, d'entrer en harmonie, en transe, avec les danseurs sur scène en synchro ou en désynchro, en mouvement permanent (très, très physique), l'un étant parfois immobile, délaissé, comme une sorte de ballet social, où les destins s'entrecroisent. Hypnotique. C'est très beau, le public du TdV est totalement conquis, ovation (la souris a détesté).








Caelyn Knight, très très épousable (on ne me contredira pas)