Forcément, c'était plein jusqu'au plafond. Et pourtant, 130€ la place de première catégorie. Oh, il y avait du bourgeois, du vrai, label rouge, et de la bourgeoise aussi, avec manifestement la place payée par papa-maman. Il y avait tout ce que l'on compte d'aristos et de mécène du dimanche (les vrais, les purs étaient aussi présents), notamment de l'aropeux. Du Boulez. Et même, je crois, du Laurent Wauquiez (vu aussi le matin sur BFM tv, ça ferait beaucoup). Certains ont dû investir et n'avaient plus de quoi s'habiller, c'est triste. Et les derniers minutards avaient l'oeil terne, devant le guichet clos -- j'ai conseillé à Serendipity de draguer la petite rousse qui distribuait des tracts, au dehors, mais finalement il y a eu quelques places (en se battant contre des handicapés se ramenant à la dernière seconde avec leurs cartes, apparemment ça commencerait à être une habitude, ils auraient failli repartir encore plus éclopés qu'à leur arrivée), tant mieux, ça m'aura permis d'avoir le détail des bis. Évidemment, le but est de ne pas payer sa place : au fameux rang E de Pleyel, il ne m'étonnerait pas que les invitations aient plu ; BNP a fait venir quelques directeurs du trading, en leur réservant une zone immense pour si peu de monde ; Aria Partners, honnête société de lobbying et communication (exemple : la SG pour l'affaire Kerviel) fondée en 2008 par Jean de Belot et dont le moindre collaborateur doit valoir 150K€ de fixe, avait l'autre bout du foyer (l'ami bavard, qui a réussi à gratter une invitation grâce à son charme, a tenté de s'incruster au banquet : il a été mis dehors). Du coup, avec la souris, on est content d'avoir deux places à 5€ l'unité tout de côté (malheureusement pair) du rang A, en se disant qu'il reste de la marge de progression.

Tou ça pour l'orchestre de Paris ? Pour Lola ? (ça pourrait se comprendre) Pour un programme certes peu banal mais loin d'être très original ? Pour le chef de 29 ans Omer Meir Wellber ? Que nenni : pour Daniel Barenboim au piano. 130€ la place de 1ère catégorie, eh oui... C'est qu'il paraît qu'il émarge à 40K€ par concert (et c'était une date unique) ; je vous laisse calculer le prix du bis. Impossible de détester (méthode adoptée par Dudamel).

On commence par un Félix Mendelssohn que l'on entend assez souvent, somme toute, la symphonie n°4 en la majeur "Italienne" op.90. Qui n'est pas des plus excitantes, malgré la danse du chef sur son pupitre -- la souris lui prédit une crise cardiaque prématurée, pour ma part il me semble encore un peu vert. Mise en bouche, quoi. On remarque Lola, sublime, avec sa mèche en désordre. Ça justifie de sortir les jumelles. Bref, d'où sort donc ce jeune chef ? Hé bien de la cuisse de Barenboim, justement : il a fait toute sa carrière en Israël, tournée des orchestres et assistant de Daniel, et vient d'hériter de quoi commencer une vrai carrière internationale de province récemment. Qu'il est bon d'avoir un tel mentor ethnique, tout de même...

On continue sur du Franz Liszt : les deux concertos sont au programme, et ce qui est étonnant, c'est que si j'ai découvert très tôt ces deux oeuvres (de mémoire, il y a 15 ans), on ne les donne que très rarement au concert. La preuve, c'est que le programme de l'orchestre nous dit bien que pour l'une comme l'autre, il y a eu de cinq à dix ans sans avoir été données. On commence par le concerto pour piano et orchestre n°2 en la majeur, qui est assez décousu, comme le premier d'ailleurs. La souris me fait remarquer plus tard que Barenboim à tendance à taper fort sur la pédale (ce qui explique aussi le taux anormalement élevé d'hétéros dans la salle, dont des jeunes qui se bécotent) ; c'est que j'avais une tête devant, et ne pouvais donc pas voir les pieds ; effectivement, déjà que Berez' avait bien entamé le clavier du piano la semaine dernière, Daniel l'achève.

Entracte, un petit tour et puis revient : confirmation qu'il y a autant d'amis que de ninjas. C'est-à-dire tout ce que j'ai cité plus haut... On revient pour une petite pièce de moins de 20 minutes, du Richard Wagner méconnu, "Siegfried Idyll". On y trouve tous les thèmes propres à "Siegfried", du coup ça ressemble à un travail de patchwork pour la folle lyrique ; je profite de l'inculture de la souris pour lui demander son impression, et pour elle, tout est cohérent dans cette pièce. Ça tombe bien parce qu'il semblerait qu'elle est antérieure à l'opéra, justement ; elle est par ailleurs recyclée d'une pièce donnée pour l'anniversaire de Cosima, ensuite redonné pour son fils -- d'où le titre --, ce qui explique l'orchestre anormalement restreint, une vingtaine de musiciens environ. C'est une agréable découverte, extrêmement rarement donné, qui plus est.

On termine par le second Liszt, le concerto pour piano et orchestre n°1 en mib majeur. RAS, en fait. En rappel, puisque forcément ovationné (et après tout il n'est que 22h20), nous avons le Liebestraum puis la Valse Oubliée n°1 de Liszt aussi ; merci à Serendipity pour la recherche (et l'avis éclairé).