Siegfried "exceptionnel"
Par palpatine le dimanche 6 mars 2011, 22:44 - ... et les arts - Lien permanent
Finalement, attendre le 30 mars pour "Siegfried" ne m'arrange pas du tout, car la date tombe triplement (si ce n'est quadruplement) mal ; de fait, si la place intéresse quelqu'un, il s'agit d'un rang 8 place 37 du 2e balcon (catégorie 6) à 23,75€ (au lieu de bien plus, mais impossible de le savoir : le site web de l'opéra de Paris est soumis à une queue virtuelle pour cause de quatre spectacles mis en vente, quelqu'un leur a dit-il que de tout l'univers connu, y'a que l'ONP qui a un site web aussi infiniment crétin ?).
Donc j'ai tenté ce dimanche de me caser les 5h10 d'opéra, puisque toutes les critiques, même les plus habituellement vachardes (enfin, machardes), ont dit la même chose : superbe dans la fosse, atroce sur scène. Pour le second point, j'étais au courant, mais pour le premier, étant donné l'état de la répétition à laquelle j'avais assisté, c'était une bonne surprise. De quoi emporter une décision radicale : faire la queue à 13h (ce qui implique de manger à 11h45, gore), claquer 25€ (je l'ai senti venir, ce changement de tarif unilatéral -- de toute façon, si nous étions dans un État de droit, ça se saurait), et sacrifier ma place pour les Arts Florissants à Pleyel (grâce à une organisation au poil avec Hinata-chan -- à qui je dois 1€, viens-je de me rendre compte).
En bonus, Laurent, David, l'amie japonaise, même Zvezdo, on s'est donné le mot ! Mais depuis mon rang 23 (place 23 : je n'ai pas bien compris, mais j'ai l'impression d'avoir mystérieusement raté un rang 15), voilà que, le public non encore totalement installé, un gus de l'autre côté arrive avec son micro, ce qui n'est jamais bon signe. Il nous annonce une représentation "exceptionnelle". Manifestement, ce type a fait une école de commerce : il annonce un naufrage de manière positive en mentant effrontément sur la réalité, tout en la décrivant précisément. Un artiste. Bref, il commence par nous annoncer que Torsten Kerl, Siegfried (le héros, quoi, pas le personnage secondaire lambda), est souffrant, ce qui ne pourrait pas être trop grave si c'était comme tous ces chanteurs qui du coup en sont encore meilleurs ; sauf que là, il ne chantera pas, il nous fera juste du lip dub sur scène en assurant son rôle, chanté sur le côté par Christian Voigt.
Mais encore mieux, cette journée était doublement "exceptionnelle" (quelle chance !) : il y a un deuxième malade, Juha Uusitalo, Wotan/der Wanderer, et lui ne l'est pas à moitié, puisqu'il ne vient pas. Toute maison d'opéra un peu sérieuse, avec une place de 1ère catégorie à 160€ (180€ en "optima"), aurait prévu du back-up : on a bien trouvé quelqu'un pour le rôle (pas capté son nom... Egils Silins d'après Laurent, très rapide sur ce coup), mais pareil, il débarquera avec son pupitre sur le côté, la présence scénique étant assurée par l'assistant du metteur en scène (Alejandro Stadler), qui faute de connaitre le texte, n'ouvrira pas la bouche. L'opéra ventriloque, ça c'est original, uniquement à Paris ! (évidemment, ça hue à cette annonce, d'où l'intérêt bien calculé du crescendo)
La mise en scène n'était pas exceptionnelle : elle est stupéfiante ! Sur la droite, une grande plantation de cannabis, avec des lampes halogènes et des extracteur d'air, tandis que Mime (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke) fume un joint énorme. C'est d'ailleurs une bonne folle, avec perruque blonde, habillé en hypie shooté, qui prépare des pâtes sur un réchaud, tandis que Siegfried (salopette et dreadlocks blondes) apparait avec Yogi l'ours. En fait, c'est dans le livret (enfin, le cannabis, c'est librement interprété, mais c'est probablement la production personnelle du metteur en scène, Günter Krämer, ou peut-être du décorateur, Jürgen Bäckmann). Du coup, c'est azimuté, mais assez littéral ; Laurent n'est pas choqué, il a vu bien pire, David regrette presque que ce ne soit pas plus sujet à interprétations diverses et délirantes.
Ce qui me déplait essentiellement, c'est qu'il n'y a aucune unité d'un tableau à l'autre : au second acte (découpage 1h20/45mn/1h15/30mn/1h20), nous sommes dans une belle forêt automnale avec une voie ferrée au milieu, et des nains peints en treillis qui se baladent totalement nus avec le Rheingold sur les épaules. L'hypothèse selon laquelle le metteur en scène est manifestement une tapette pour nous imposer des quéquettes en premier plan (facial avec les jambes et bras écartés, mais éclairé de derrière) sera définitivement vérifiée plus tard, alors que le Waldvogel (le zozio) est interprété sur scène par un petit personnage moche à bonnet bleu, bien que ce soit Elena Tsallagova qui chante depuis les coulisses ; et planquer Elena Tsallagova, c'est scandaleux. Notons que le Fafner de Stephen Milling n'était pas en dragon mais belle et bien en civil : après le coup de l'ours, on espérait mieux.
J'avais déjà eu un aperçu du troisième acte, puisque c'était celui de la répétition. On commence avec des bureaux de bibliothèque totalement hors sujet, si ce n'est qu'ils reprennent la composante verte, présente jusque sur la couverture du livret (qui comporte de nombreuses photos du Fritz Lang, diffusé sur une téloche dans l'appart' de dealer de Mime). Là, Wotan cuisine Erda, Qiu Lin Zhang. Puis se fait maitriser par Siegfried, sombre brute, qui rejoint alors les fameux escaliers. Les figurants étaient cette fois en costume, casque intégral ailé sur la tête, tandis que sur les marches se trouvaient des morceaux d'armures ou un bouclier. Finalement, metteur en scène, c'est pas compliqué, je devrais y penser pour une reconversion (d'ailleurs, j'ai vu venir le moment où Mime allait sortir l'album photo, milieu du 1er acte).
Côté chanteurs, c'était de très bonne facture, même si le Siegfried de substitution était un peu faiblard parfois, mais quand même bon et moelleux dans l'ensemble ; ceci dit, le titulaire est assez connu pour ne pas être bien puissant non plus, je pense qu'en fait on y a gagné. La scène finale avec la Brünnhilde de Katarina Dalayman était si belle que j'en ai oublié les surtitres (heureusement, j'ai le livret à la maison). Dans la fosse, la première partie était assez pépère, quoique sans faute ; l'après-midi post-digestion est allée crescendo, sauf en volume -- mais après le concert de la veille, je n'irai pas m'en plaindre, un peu de volupté wagnérienne dans ce monde de brute. Philippe Jordan a été unanimement applaudi.
Commentaires
ouiiiiiiii ! (je suis preneuse de ta place)
Ah, si je n'avais pas déjà le défilé du ballet, j'eusse hésité. Heureusement que Klari est preums !
Hé ! tu l'as déjà vu, Joël !!
Super ! Bon, on doit bien se voir à un moment où à un autre... Apparemment, on se revoit dimanche 27 et lundi 28. Tu m'y refais penser ? ;)
Très belles photos sur le CR de David : http://fomalhaut.over-blog.org/article-siegfried-philippe-jordan-gunter-kramer-a-l-opera-bastille-68379173.html
Youpi pour le 27 ou le 28. je t'y fais penser qq jours auparavant par mail (ou par commentaire, selon mon humeur du moment).
Ou se verrait-on à la présentation de saison pleyel ?
Ah mais oui, samedi ! (que c'est bien pénible en plein milieu de journée, mais bon...)
je me demande à partir de quelle heure on peut commencer à s'abonner.....
(trépigne, trépigne)