Pas étonnant d'avoir raté Laurent : il s'est enfui (comme Jack Lang, je n'y crois pas qu'ils ne m'aient pas donné leurs places !) ; Joël avait déjà hésité à en faire de même ; et pourtant, je n'ai pas détesté cette "Cendrillon" de Massenet à l'Opéra Comique. Ça ne casse pas trois pattes à un canard, et à vrai dire, c'est essentiellement anthropo-musicologique comme découverte. Et comme je n'ai pas été sensible à ce qui se passait dans la fosse sous la baguette de Minkowski (soit que je suis très bon public, soit que de toute façon, c'était ma première fois), eh bien j'ai pris ça très légèrement, comme l'introduction par gramophone (c'est dans le livret ?) nous y invitait.

Parce qu'effectivement, trop de crème tue parfois la crème, même avec tout le second degré nécessaire, distillé par la belle-mère et la mise en scène de Benjamin Lazar (les hommes en soubrette, la suspension de coeur littérale, on en passe). Scénographie de type hommage à la féérie pour laquelle l'oeuvre a été créée, aux débuts de l'électricité, de telle sorte qu'on a de petites lucioles lumineuses, des guirlandes, des danseuses drapées sur puits de lumière, et c'est zoli. Surtout vu de très très près, sur le tabouret en avant-scène de corbeille -- obligé de resté sur cette meilleure place à 15€ (divisé par deux), la souris en face sur la même, car la salle était très, très pleine, même après l'entracte (la souris a tout de même pu se replacer sur un vrai siège, alors que pour ma part j'ai dû souffrir jusqu'à 23h, terminant debout).

Et puis les chanteurs sont tout de même très bons, après tout. La belle-mère/Mme de la Haltière par Ewa Podles, la fée par Eglise Gutiérrez, Pandolfe par Laurent Alvaro (mon préféré), le Prince Charmant® par Michèle Losier (c'est un peu un truc de lesbiennes), et Cendrillon par Blandine Staskiewicz (en alternance), qui a vraiment la tête de l'emploi, quoique blonde.

Le livret de Henri Cain est un peu étrange, tout de même : relation deux soeurs/Cendrillon passée à l'as, pas de citrouille, la pantoufle de verre (oui, de verre, homme qui réagit au premier rang un peu fortement) ne sert à rien, le prince charmant est dépressif, le père de Cendrillon est presque incestueux (au début, j'ai cru qu'il parlait de sa femme, et au début du second acte, c'est même lui qui la réveille d'un baiser, et c'est toujours ambigu), et enfin... Cendrillon s'appèle Lucette. Ça c'est juste pas possible ; "Lucette j'ai envie de toi", "Lucette mets-toi à quatre pattes", "Lucette tu m'excites", im-pos-si-ble, Lucette n'est qu'un prénom de vieille asexuée, aucun prince charmant ou non ne voudrait se taper une Lucette ! (au mieux : "Lucette tu me fais une sucette ?")

À part ça, au second degré (rappelé par une sorte de mise en abyme finale, que l'on trouve parfois dans les opéra comiques), en ignorant les passages crémeux et les danses sur pointes d'hippopotames, ça passe.