J'ai une nouvelle héroïne : elle s'appèle Louise Lecavalier, et il paraît qu'elle a 52 ans, mais il n'est pas certain qu'un voyage temporel n'ait été en jeu. Déjà, parce qu'on lui donne 15 ans de moins, et j'étais (avec la souris, que j'ai pu relocaliser au dernier moment) au rang B, central, du théâtre de la ville, donc très près de la scène. Ensuite parce qu'on peut compter en mégajoule, si ce n'est en mégawatts, la dépense énergétique formidable durant la première quasi-heure que dure "Children", de Nigel Charnock ; et comme si ça ne suffisait pas, elle remet le couvert après une courte pause ne permettant pas même de sortir, pour "a few minutes of Lock", des extraits de "Exaucé/Salt" et "2" d'Edouard Lock.

La première pièce, 55 minutes, 2009, est une foire d'idées assez délirante, dont les fils rouges sont les lumières violentes, les sirènes périodiques et les cris d'enfants (heureusement limités). Impossible de savoir pourquoi elle court à quatre pattes au début, avant de nous faire des figures d'art martiaux avec un bâton en fer (plus tard et à deux, en bois), pourquoi tout à coup apparait un personnage -- Patrick Lamothe --, avec qui les interactions sont fortes et assez violentes, pourquoi on part en vrille avec des oreillers, et j'en passe. Ça fait quelque peu zapping, et ça finit dans la flotte. On a du mal à comprendre, mais la recherche est indéniable ; je me demande comment on peut retenir tous ces pas.

La seconde pièce est bien pus courte, un quart d'heure. Mais n'importe quel humain standard aurait fait trois crises cardiaques après le Charnock. Pas Louise Lecavalier, qui en remet une couche, toujours avec sa délicatesse de grosse bourrine, de tornade blonde "légendaire" (oh, apparemment elle s'est fait opérer de la hanche il y a quelques années, et elle était totalement bloquée...). C'est essentiellement un pas de deux avec le géant Keir Knight, mais le Lamothe réapparait un temps pour un intermède en pas de trois.

Soirée très contemporaine. Et aussi un certain zapping musical (Puccini, Yasar Akpence, Leonard Cohen, Miles Davies, Billie Holiday, Terry Snyder, Sonny Terry & Brownie McGhee, Richard Desjardins, Janis Joplin, Michael Nyman ; Iggy Pop). Et puis une grande découverte, la phénoménale Louise Lecavalier.