émotions digitales
Par palpatine le jeudi 24 mars 2011, 20:30 - ... et les arts - Lien permanent
Rien ne nous prépare jamais à cela. À peine installés, quelques minutes avant le concert, à notre bout de rang A impair, l'ami japonais et Serendipity (qui pour le coup porterait fort bien son pseudo) attirent mon attention sur le rang E. Il y a une petite chose, à côté d'un vieux monsieur ; "c'est ma copine !", lance le premier bougre. J'écarquille les yeux : mais non, c'est MA fiancée ! Eh oui, chers amis, en ce mercredi soir à Pleyel (et je pense aussi à l'instant où j'écris ce billet), pour le premier concert de l'orchestre de Paris, Yuja Wang était parmi les invités. Yuja en civil : micro-robe noire, air ado rockeuse sur le retour, mastiquant le chewing-gum de manière fort ostentatoire. Ça alors !
Venait-elle pour le Prokofiev de départ, la symphonie n°1 "Classique", celle dont on ne peut plus retrouver plus fabuleuse interprétation après le Gergiev/LSO ? Apparemment, non. Pourtant, à la baguette, Christoph Eschenbach, exceptionnellement de retour, était fort bon, adoptant un tempo semi-rapide, et poussant un peu l'orchestre (c'était très bien, mais après le LSO...).
Yuja venait manifestement pour Emmanuel Ax, un vieux de la veille au bon teint. Deux oeuvres au programme : le Capriccio pour piano et orchestre de Stravinski, tellement bon (j'avais bien dit à la souris que c'était Balanchine qui avait chorégraphié dessus : Rubis ! -- v'là pourquoi elle n'est pas numérotée), puis le Concerto pour piano en ré majeur, Hoboken XVIII, 11 (étrange dénomination, le programme reste muet sur ce point) de Joseph Haydn, une oeuvre historique de 1765, à l'époque où le concerto pour pianoforte balbutiait encore, de telle sorte que le clavier chantant fait plutôt dans l'accompagnement d'orchestre. Le rappel est tout mignon tout plein aussi ; un indice ?
Entracte : Yuja passe à côté de moi, fort encadrée ; érection (de mon siège) ; elle a un bassin très praticable ; mais c'est vraiment de la pédophilie à ce niveau de petite chose (tant pis, faut voir comment elle s'habille, je plaide la circonstance atténuante). Avec l'ami japonais, on devise sur ses difficultés financières : en effet, dimanche matin, sa robe était extrêmement courte (j'ai raté ça, damned !), très peu de tissu. On attend patiemment qu'elle revienne, d'autant que par chance j'ai toujours la place du concert de samedi sur moi ; elle ne réapparaitra pas. J'apprends d'ailleurs que le jeudi, ce sera Lang Lang pour un concerto #3 de Beethov', ce qui explique doublement pourquoi j'ai opté pour le concert du mercredi (Serendipty approuve fortement). Au rang E, à la place de Yuja, il y a Emmanuel : tout de suite, c'est moins sexy (la question est donc : où est allée Yuja ? Vu comment elle était habillée, toute les hypothèses sont permises).
Rater une aussi belle symphonie n°5 de Dmitri Chostakovitch est pourtant passible d'une fessée sans pitié (votre serviteur se portant volontaire pour l'administrer, évidemment). Quel bonheur, mais quel bonheur ! On termine à 22h40 dans l'extase parfaite. Dommage que l'on voyait aussi mal Lola (mais inutile de la voir pour jouir, n'est-ce pas aussi fabuleux que cette faculté ?) (évidemment, tout le monde se demande : alors, Lola ou Yuja ? Eh bien voilà qui met le doigt sur une question délicate, mais sans test consommateur poussé, difficile de se prononcer).
Commentaires
> Hoboken X y, étrange dénomination
C'est pourtant la façon standard de numéroter les œuvres de Haydn, tout comme les K. ou Kv. pour Mozart, BWV pour Bach, HWV pour Händel, etc.
A propos de Lola, curieusement pendant Prokofiev, ce n'était pas elle qui était au contrebasson, mais au basson.
Il y avait UNE expression ambiguë dans le programme, forcément elle se retrouve dans ton titre. Sinon le suspens était terrible jusqu'à la fin : va-t-il ou non parler de Lola ? Yuja la lui aurait-il fait oublier ? (Il est vrai que tu t'étais moins trémoussé sur ton siège pour essayer de trouver un angle Lolah !)
Pour Balanchine, du coup, je suis allée me remettre les idées en place sur youtube. J'y aurais peut-être pensé si j'avais lu plus attentivement le titre de la pièce : lorsque Rubis est donné indépendamment des autres joyaux, il est renommé Capriccio...
> Hoboken. Yep, Joël a raison, c'est un certain Anthony von Hoboken qui s'est collé au catalogue des oeuvres de Haydn (c'est qu'il était prolifique, le lascar). Du coup, un truc de Haydn est un H-n, ou un Hoboken-n.
Même combat pour Scarlatti - Kirkpatrick (http://en.wikipedia.org/wiki/Domeni...), Mozart - Köchel d'ailleurs.. http://en.wikipedia.org/wiki/K%C3%B...) (du coup, tu peux désormais hurler d'un air dégoûté quand quelqu'un ayant confondu tout ces noms en "k" te parle du Köchel-xxxx de Scarlatti, bouh ! pouah !)..
Vu le travail que cela représente, c'est la moindre des choses de continuer à les nommer dans les programmes, ces travailleurs de l'ombre.
(dans le cadre de Bach, M. Schmieder aurait refusé d'être expréssément nommé, le cas de figure est donc un peu différent : http://en.wikipedia.org/wiki/Bach-W... )
D'après Wikipédia, le catalogue Hoboken (Anthony van Hoboken) est un classement thématique, avec un chiffre romain pour chaque genre d'œuvre: XVIII pour les concertos pour piano, XVI pour les sonates. Dans une catégorie l'ordre est apparemment chronologique, puisque le XVII:11 est le dernier de la liste, et le dernier en date.
Le catalogue est ici: http://en.wikipedia.org/wiki/Hoboke...
Pour le bis: impromptu op.142 n°2 en La bémol majeur de Schubert. J'avais le compositeur et la tonalité, pour le reste j'ai cherché un peu.
Pas de Lang Lang pour ce soir: anticipant une queue interminable et un concerto sans intérêt (et même pas de Stravinsky au programme, là c'est la faute de goût) j'ai opté pour l'ONF avec Yutaka Sado et Thibaudet (je ne boycotte pas le TCE, mais le pourboire pour service non rendu) où était bien sûr l'ami japonais, mais aussi l'ami berlinois et (encore!) l'ambassadeur du Japon, qui en cette période de détresse a sans doute bien besoin de faire la tournée des salles parisiennes.
Au programme, mouvement de suite de Bach (insipide) suivi d'une minute de silence pour le Japon, ouverture de Gwendoline wagnérienne de Chabrier, concerto "Egyptien" bien trop français de Saint-Saëns, un autre concerto -The Shining One, bien meilleur celui-là- de Guillaume Connesson, en présence du compositeur, et enfin 40 minutes de Roussel: Bacchus et Ariane. J'irai voir Lang Lang si on m'invite au rang E, ou qu'on le remplace, en dernière minute, par Yuja Wang.
Ah, donc, par ricochet, j'ai pu mettre un visage sur l'« ami japonais », vu que j'étais aussi au TCE, en opération ninja après l'entr'acte pour fuir un renifleur de première catégorie (5 ou 6 reniflements pendant l'Air de la troisième suite pour orchestre de Bach !).
@Corewar : c'est vrai, je n'ai vu un morceau de Lola associé à un basson simple qu'à la fin de la pièce ! (mais je n'avais pas vu qu'il y avait un contre-basson)
@la souris : Je ne l'ai pas vu au programme, c'est une expression connue ; bien vu pour le Balanchine, que j'ai aussi vu à part (mais cherché 2 secondes dans mon historique)
@Klari : ah mais oui, H-* ! (oups, la honte) Je me souviens de ton billet courroucé sur Köchel/Scarlatti ;)
@Serendipity : ah ah, ça c'est du comm' ! (merci pour le bis) Dis-moi, y'a vraiment eu UNE minute de silence, sans toux ni rien, au TCE ?? (parce que genre des moments super émouvants d'Orlando se faisant saloper par des penumoniaques, mardi, y'en a eu...)
@Joël : tiens, et moi je me retape des nez sifflants ces temps-ci ; c'est l'arrivée du printemps ?
Palpatine, voici ma description de la minute de silence au TCE : « l'orchestre commence par l'Air de la troisième suite pour orchestre de Bach, suivi d'une minute de silence. Oui, le TCE a été parfaitement silencieux une minute, c'est absolument incroyable : les toux maladives n'ont surgi qu'à la toute fin. ».
(Sinon, pour excuser ta méconnaissance de la numérotation de Haydn, ce qui se joue le plus souvent, ce sont ces symphonies, auquel cas on lit souvent juste « Symphonie nº42 » qui est équivalent à « Hoboken I 42 ».)
Ah. Digitale, en dehors de l'empreinte, ça me faisait surtout penser aux fleurs et à leur poison...
(Par souci de vaine exactitude : je n'ai jamais vu les Rubis sans Émeraudes ni Diamants - je ne suis pas positivement numérotée, mais je suis frileuse, alors faudrait pas me faire descendre en dessous du zéro tout de même !)
T'es une souris anglosaxone ? 0 pas positif... (ça faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu d'autonumérotée, par ici)