Le jeudi, c'est orchestre de Paris. Ninjas au rendez-vous, même au rang E (mais c'était leurs places, et puis vu la voisine attachée de presse de Kaptation, ça sentait l'invitation), ce n'était pas forcément pour Berg qu'ils venaient non plus : les "Trois petites pièces pour orchestre" me sont encore de ces oeuvres que j'écoute bien mais sans en éprouvé un intense plaisir, même si Lola est présente (cachée par des contrebassistes installés au dernier moment, malheureusement). 20 minutes sous la direction d'Eschenbach, durant lesquelles je récupère de mon intense journée.

Au violon solo, il y a Philippe Aïche ; or, quelques heures plus tôt, je modérais une conférence dont le dernier intervenant s'est avéré être... son petit frère ! Hasard d'autant plus total qu'une erreur de logistique avait fait disparaitre son nom, lui-même orthographié "Aiche" sur son badge caché, de telle sorte que je n'avais pas fait le rapprochement ; et ce n'est pas forcément à tous les coups que je discute avec des personnes que je ne connais pas de mes activités culturelles, qui en l'occurrence tombaient parfaitement bien. Coïncidence extraordinaire.

Entracte rapide, puisque la seconde partie est copieuse : "Tristan et Isolde" de Wagner, l'acte 2 (fin du concert à 22h30). Le rang A de côté n'était pas tout à fait idéal (de face, comme le couple d'aristo -- à côté de qui j'étais, au rang 15, à Bastille, pour le dernier Tristan --, ça devait être génial en revanche), puisque le cône de projection vocale se faisait ressentir dès que les interprètes se parlaient entre eux ; en l'occurrence, Tristan, côté cour, se trouvait à un niveau sonore bien inférieur qu'Isolde, jardin, alors que nous étions pair, avec la souris. Apparemment, au balcon, l'orchestre couvrait trop les voix.

J'avoue que cette distribution m'était inconnue (mais pas de l'ami berlinois) : il faudra cependant se rappeler de ces noms : l'Isolde d'Irène Theorin était d'une juste puissance frissonnante à souhait (Bayreuth inside) ; la Brangäne d'Iris Vermillion particulièrement merveilleuse ; le Tristan de Gary Lehman a mis longtemps à se chauffer, mais ses dernières strophes m'ont emporté définitivement ; le Melot de Daniel Johansson était très bien (mais peu présent dans cet acte), tandis que la déclamation du roi Marke par Albert Dohmen était fabuleuse, quelle voix profonde !

Pour moi, c'était de l'excellent Wagner. Tout bien négocié. Il ne manquait manifestement (du moins, je ne l'ai pas vu) qu'une seul et unique chose pour que cette histoire d'amour soit tout à fait crédible : Lola.