Il y a des offres qui ne se refusent pas. Sortie ninja du boulot à 17h20, arrive peu après 17h45, les camions de ciné sont rangées rue Clément Marot, près du Théâtre des Champs-Élysées : ils ont dû avoir vent, eux aussi, de la venue de Lea -- que mille roses poussent sous ses Najar en satin. Son accompagnateur, récupéré comme sa place de Laurent, est déjà là ; et moi, je récupère donc la place de la sublimissime Lea, chaises musicales. Au passage, j'ai même gagné une place pour Pelleas ce dimanche, Laurent était le héros absent de la soirée (on me pose souvent la question : oui, il bosse, la preuve).

Une fois au second balcon, je rencontre des grumeaux de ninja, et attendent patiemment le top-départ pour se replacer : mince alors, je quitte ma place de 3/4 et me retrouve de face avec les amis, au troisième rang (à noter que les ouvreuses étaient charmantes : je crois que l'endroit redevient fréquentable). Mis à part une trotteuse maléfique (faut arrêter avec ces montres de merde, ça devient pire que les guignols à montre LCD qui ont le "bip bip" toutes les heures) et un crevard qui nous refaisait Amofortas avec ses quintes d'éternuements, ça pouvait aller -- si l'on ne tient pas compte non plus de la barre de sécurité qui gâche la vue, mais ce théâtre a été designé par des nains crétins, on a des preuves.

Une bonne rangée de ninjas, donc. J'ai compté 29 personnes identifiables dans la salle. Mini-Brunnhilde était sur la même rangée, ça faisait une éternité que je ne l'avais point vu (et si vous ne savez pas à quoi elle ressemble, vous ne pouvez pas comprendre à quel point c'est terrible) ; au premier entracte, j'ai croisé le couple de vieux compères (c'est Vrai Parisien et Guillaume dans 30 ans -- ils étaient aussi là, d'ailleurs), ils m'ont aussi dit qu'ils me voyaient depuis les hauteurs, à Pleyel, avec mon chapeau. Bon, je suis visible, mais il faut se faire connaitre !

Notre positionnement de replacement était idéal : juste en dessous de la fresque Wagner, où figure, plein centre, Parsifal. Le niais héros de la soirée.


La dream team que cette programmation de "Parsifal" au TCE :

Kent Nagano : direction

Nikolai Schukoff : Parsifal
Angela Denoke : Kundry
Kwangchul Youn : Gurnemanz
John Wegner : Klingsor
Michael Volle : Amfortas
Steven Humes : Titurel

Orchestre et Choeur de la Staatsoper de Munich
Tölzer Knabenchor

Même si c'est cinq heures d'opéra (fin à 23h20, ça a commencé un poil en retard, et 45 + 25 minutes d'entractes), en pleine semaine, faisant qu'au fil de la soirée le théâtre s'est grandement dégarni (on a assisté une véritable ascension sociale de ninjas...), il était réellement impossible de ne pas y aller.


Ne serait-ce que pour Angela Denoke, qui reste la grande héroïne de la soirée -- pour la plus grande satisfaction de Lea, qui love Kundry. Mais entre Gurnemanz et Amfortas, difficile de faire la part. En fait, le moins bon de l'histoire, c'était la star Parsifal ; il manquait de voix au second acte (mieux au troisième, où l'orchestre est moins poussé), un peu sec comme dira l'un des protagonistes de la soirée, Tamino, manque de ligne de chant comme a dit l'ami berlinois. M'enfin, ce n'était pas terrible non plus, en dessous c'est certain.

C'est le reproche que l'on pouvait formuler à l'encontre de cette soirée exceptionnelle, avec une direction un peu analytique de Nagano (mais néanmoins techniquement irréprochable, sans trainer) ; en fait, ce qui m'a le plus gêné, ce sont les cloches, quasiment absentes (si on ne sait pas qu'elles sont là pour tendre l'oreille, on ne s'en rend pas compte, alors que c'est un sacré climax normalement ! Serendipity a repéré des hauts-parleurs qu'il soupçonne d'avoir été mis à profit au dépend de vrais instruments...). Symptomatique, mais pas de quoi nous empêcher de standing-ovationner, finalement.


Même les filles-fleurs étaient géniales. Et très baisables pour quatre d'entre elles, c'était très crédible dans le rôle ; mention spéciale pour le clone de Naomi Watts, au centre (robe kaki comme mes pompes et Lea -- sa robe, évidemment, et non son teint de jeune fille).

On remarque que par ailleurs, Wagner attire la jolie demoiselle ; outre mini-brunnhilde et kaptation (qui a mis ko d'un coup de karaté verbal un voisin malotru avec son hochet -- crétin, et le mec conteste en plus, récidive aggravé et refus d'obtempérer --, faut pas l'emmerder celle-là !), la demoiselle qui s'est replacé devant moi (chaussures rouges à ruban) a surpassé la rousse brouillonne en robe noire croisée à l'entracte. Retenez : Wagner est équivalent à Mozart en capacité de rassemblement de jolies filles (fleurs ?). C'est d'ailleurs là que vous aurez le plus de chance, muni votre appareil photo de safari, de croiser la Lea sauvage, espèce protégée, qui peut surprendre et faire peur (surtout quand elle est en chaleur).

Car cette soirée, c'était aussi de la bonne déconne, avec des amis, du critique célèbre (mis dans un état critique), du facebookien amouraché (les phéromones numériques de la Lea sauvage sont impressionnants), et même un compositeur qui devait venir avec sa lance (sic), mais est surtout parti précocement (comme quoi...). Le tout évidemment purement innocemment. Surtout si l'on dispose de lance rédemptrice.