Ira, ira pas ? À 35€ au TCE, ira pas, tant pis. Mais gratuitement (merci Laurent ! Elle aura voyagé, ta place, avant d'arriver dans mon sac...), c'est fort bien. Surtout à l'orchestre, cinquième rang, plein centre (pas de surtitrage, de toute façon, mais une prononciation impeccable). Si j'ai pu retrouver sur place une quinzaine d'aficionados connus (dont deux admirateurs de Lea, et quasiment tous déjà croisé le jeudi pour Parsifal), de mon côté, Hinata-chan a finalement décliné, en apprenant que ça durait 3 heures (en fait, ça a duré... 3h30), avec un départ à 20h00. D'ailleurs, mon arrivée a été quelque peu au pas de course ; le plaisir de la place déjà acquise ; dans les quelques trous derrière, un ninja s'installe tranquillement. Je remarque que le TCE devient fréquentable : à confirmer.

C'est un beau cycle que de se faire un "Pelléas et Mélisande" un dimanche soir, alors que Parsifal était jeudi (Debussy n'aime pas Wagner, alors il fait pareil mais en différent) et "Ariane et Barbe bleue" le vendredi (Maeterlinck, le retour du librettiste). Je me demande quel est l'orchestre, et puis je vois Philippe Aïche arriver : ciel, c'est l'OdP ! Ça explique pourquoi j'en ai croisé les huiles dans le hall d'entrée. Pour me repérer, ce n'est pas très compliqué : le seul gus au parterre qui sort ses jumelles pour mater la bassoniste (quand elle joue et que le premier alto est au repos, heureusement la combinaison n'est pas si rare que ça).

Ce Pelléas a fait venir, sur deux dates, une dream team : Simon Keenlyside dans le rôle titre (comme on sait, c'est un tueur, mais apparemment un faux mouvement durant une session de box thaï lui a imposé une attelle pour le coude ; quand le fera-t-on revenir à l'ONP, bordel ?!), donnant la réplique à Natalie Dessay (je n'explique même pas le merchandising à l'entracte -- dans l'absolu, son interprétation est plutôt intériorisée, et elle avait un chat dans la gorge, mais c'était fort bien, même si je préfère Magdalena Kozena), Laurent Naouri en Golaud (habitué du rôle, voilà quelqu'un qui nous manque aussi beaucoup sur la scène parisienne), Marie-Nicole Lemieux en Geneviève (petit rôle souvent ingratement pourvu, ici admirablement mené), Alain Vernhes en Arkel (voix puissante, très bien aussi), Khatouna Gadelia pour Yniold (nickel) et enfin Nahuel di Pierro en médecin (son physique ne laisse pas présager d'une telle présence vocale).

Reste le chef, Louis Langrée : ça faisait un peu peur aux connaisseurs (Tamino, qui a peut-être la maladie du verre à moitié vide, le qualifie de "grisaille"), mais finalement, pour ma part, je dirais qu'avec sa prestation précédente avec le même orchestre, j'en ai été satisfait. Pas forcément transcendé, mais je ne suis pas non plus un hyper-fan de Debussy. J'ai tout a fait aimé sa prestation. Et puis il fait se lever Lola en second (après les hautboïstes) : c'est donc quelqu'un de bien.

Au final, une très bonne soirée, longue (un entracte au bout de 1h45), qu'on aurait pu faire commencer plus tôt pour applaudir plus longtemps (ça s'est d'ailleurs pas mal vidé à l'entracte), mais avec une réelle implication.