Pour une raison que je passerais sous silence tellement elle ressemblerait à une séance d'ornithologie, j'ai raté le début du concert de Pleyel. Au début, j'ai surtout regretté d'avoir manqué une occasion de pipoliser, car on sait que j'adore ça. Et puis, comme Laurent a confirmé les soupçons de Joël, à savoir que la première partie était un grand ratage inter-galactique, j'ai finalement eu encore moins de peine d'avoir raté une énième symphonie n°2 de Brahms.

Name dropping : Frédo M, à côté de Laurent Bayle, séparé de Bernie par quelques cadres-opéreux dont on n'arrive pas encore à coller une étiquette (mais qui ont droit au rang E, contrairement au discret Jean-Yves en F), lui-même papotant avec Patty aka "le grigri", et même le dirlo Nico de l'opéra, qui avait l'air bien seul et abandonné sur son siège, au retour d'entracte. J'ai presque eu envie d'aller lui gratter l'amitié ; et puis j'ai vu les amis berlinois et japonais,le premier me montrant une place au rang B impair, devant lui, restée vide en première partie, et que je squatte donc. Il suffit de se retourner pour mater le rang des stars, où Frédo tire autant la gueule que son garde du corps (oh oui !), et où Pat' n'a pas l'air de mater le programme (qui tient en quelques lignes brouillon) ; je remarque d'ailleurs que pour une présidente des amis de la salle Pleyel, elle ne vient que pour les chefs en couche culotte : la dernière  fois, c'était Dudamel, cette fois c'est Georges Prêtre.

Et oui, le fantôme de l'opéra, qui a peut-être reçu les conseils de Poulenc lui-même, c'est dire ! Pourtant, "Les biches" ne m'a pas emballé plus que ça ; une demi-heure dont je n''ai pas retenu grand chose. Laurent saluera la mémoire incroyable pour diriger de tête pareille oeuvre répétitive. Pour ma part, outre l'exploit gérontologique, j'admire la pantomime de ce chef forcément diminué par l'âge canonique (87 balais) : il dirige en levant fort peu les bras (sauf à la fin, où on sent que l'arrêt cardiaque n'est pas loin), et fait donc tout un tas de mimiques, tout en chantant l'oeuvre en playback. On sent que, parfois, l'orchestre est plus ou moins en pilotage automatique (ce sera criant pour le bis, où il n'a pas dû regarder une seule fois les violoncelles, tourné vers les violons).

L'orchestre de l'Opéra National de Paris (vert ? rouge ? les deux ?) ne fait pas que paraitre de jolis petits bouts comme la première violoncelliste : il a du métier. Et des bras, ce qui est la différence intrinsèque avec le chef, ce patrimoine vivant. De fait, l'interprétation de "Daphnis et Chloé, suite n°2", une vingtaine de minutes, est fort belle et dense. Peut-être parce que le tempo est plus lent, que le lyrisme est au rendez-vous, bref que le programme est adapté.

La barcarolle des contes d'Hoffmann, en rappel d'office, a été dans ce gout-là, avec un tempo très lent, mais c'était très beau. Standing ovation avant (au bout d'un temps certain) et après, même au rang E, tout aussi handicapé des bras que le chef (Nico a battu Frédo : il ne tape pas du tout dans ses mains, mais faut dire aussi qu'il y a un concours de grabataires avec Kurt Masur, qui va gagner ? Le problème des retraites en France....). Laurent dira "c'est un trésor vivant, mieux vaut le lui signifier quant il est encore... en vie" ; vrai que ça m'a fait penser aux oscar "pour l'ensemble de l'oeuvre", parce que pour la soirée, bon, faut p'têtre pas abuser non plus, y'avait pas de quoi se pâmer outre-mesure.

Mais c'était chouette, il peut continuer dans cette voie, je lui présage un grand avenir.