Habituellement, on embellit les souvenirs, même douloureux (c'est ce qui fait que d'une année sur l'autre, on reprend une place pour Jan Fabre). Mais pour Mats Ek, ça a été le contraire : le souvenir que j'en ai gardé, c'est que c'est nul. Pas vraiment détestable, mais consternant en tout cas. Je pensais que c'était "Appartement" qu'on allait voir ; en fait, je me suis trompé de saison, ça c'est pour 2012. Je ne le savais pas encore en faisant la queue de dernière minute avec la souris, précédée d'Amélie et une amie que nous nommerons mini-bourgeoise (ça risque de devenir un personnage apparaissant de temps à autre), sachant que Serendipity était arrivé encore avant.

Incroyable mais vrai, il aura fallu attendre les retours en toute dernière minute pour obtenir nos sésames ; de fait, alors que la souris est au balcon et que je retrouve mini-bourgeoise au quatrième rang de parterre pair, j'ai à peine le temps de voir sur le programme qu'il ne s'agit pas du tout d'Appartement. En fait, je vais l'apprendre rapidement, c'est exactement le même programme que la dernière fois. C'était alors la première (et la création de la première pièce), et justement, ce soir, c'était aussi la première. Répétition à deux ans (moins une semaine) d'intervalle.

Je m'étais donc pourtant dit que non, jamais plus jamais ce machin non identifiable. "La maison de Bernada" raconte une histoire, mais on y comprend nada. Tout au plus identifie-t-on du catho-bashing gratuit. Et puis des danseurs qui parlent, c'est déjà suspect ; alors quand ils crient, n'en parlons pas. Ça part vraiment dans tous les sens. Par rapport à 2008, je me demande si les danseurs ont effectivement le droit de se balader avec un voile sur la tête ; j'ai pas osé demander à Bernie, à l'entracte.

Retenons ceci : de José Martinez, Marie-Agnès Gillot (qu'on ne sent pas trop se forcer pour le flot d'insultes marquant son arrivée fracassante sur scène), Ludmilla Pagliero, Clairemarie Osta, Charlotte Ranson, Aurélia Bellet, Amélie Lamoureux (Stéphane Bullion et Andrey Klemm), la plus baisable, c'est toujours Charlotte Ranson. En deux ans, rien n'a changé là non plus. Formidablement magnifique.

Après ces 55 minutes plutôt pénibles, un peu de pipolisation pour se dégourdir les jambes : je tombe, en sortant, sur Patty, qui du coup me serre la patte ("bein on se voit tous les soirs, maintenant !", lui dis-je), et comme je récupère ma souris, j'abandonne les balletomanes pour grimper à l'AROP, pseudo-réseauter un peu. Alors que je suis avec Jean-Yves (j'ai oublié de lui demander s'il y avait un autre moyen pour se ré-aroper que d'envoyer un foutu chèque par la foutue poste -- chers administratifs de l'AROP, pourriez-vous me téléphoner que je vous file mon n° de CB comme un gent civilisé ?), je m'aperçois que la souris s'est échappée. Ciel ! Je jète un rapide coup d'oeil, serre la main de Bernie & accompagnateur (vous savez, heu, comment il s'appèle, s'occupe des danseurs, là...), et repart aussitôt (du coup, j'ai raté Bribri, arrivée ensuite, et qui était en grande discussion, à la sortie du salon, avec Patty, avec laquelle elle partage la qualité de devenir plus belle au fil des ans -- il doit y avoir du partage de bonnes adresses, aussi).

Fin de la séquence pipole, retour à la dure réalité champignonesque : "Une sorte de...". Le titre ne me disait plus rien, mais oui, le même second ballet, avec les mêmes personnes, Le Riche/Daniel, Kudo/Pech ; Zusperreguy en bonus parmi les seconds couteaux (deux fois six) ; j'ai essayé de lui tirer le portrait depuis mon rang avancé (parfait pour mater Le Riche, souvent en face, par dessus l'avancée sur la fosse ajoutée durant l'entracte -- il m'aura pourtant fallu un certain temps pour le reconnaitre, sans cheveux), mais pas moyen, elle bouge trop. Terrible déception floutée.

Cette pièce est donc incompréhensible, et surtout : c'est une véritable génocide de ballons. Je rappèle que je suis membre de la Société Protectrice des Ballons, et je dis donc que c'est une honte. Ne tuez pas les ballons !

Je serais infoutu de dire qui a bien ou mal dansé. Ce truc, je n'y comprend juste rien. Ça passe pendant 35 minutes, on repère une grammaire propre du chorégraphe mêlant lyrisme et retenue des mouvements (c'est la tektonik du ballet), grands moments et grand n'importe quoi, le tout en boucle, mais à part ça, RAS.

À la sortie, on tombe sur Zvezdo, Klari et Joël (et Kaptation en robe, c'est fou) ; je suis au resto avec les deux derniers et la souris, dans un resto thaï rue Ste-Anne, quand je reçois une réponse de Anne : bien sûr qu'elle y était, à cette première (n'ayant pas bien lu le programme, je n'avais donc pas vu que Le Riche était de la partie, donc j'avais smsé en sortant), même... qu'elle m'a dit bonsoir. Et que je ne l'ai pas vu ; la honte, ça fait deux fois que ça m'arrive cette année. Et une super-occasion de ratée, encore ; moi j'en ai rien à fiche de ce qu'il pense des cathos, Mats Ek, je veux un exorciste ! Au moins, ça aurait donné plus d'intérêt à la soirée (fort pipole, on l'aura compris).