Ces temps-ci, il y a une constance : ligne 1 blindée qui marche mal, place au confort précaire, soirée qui termine ultra-tard. En bonus, la SNCF qui merde comme c'est même pas permis d'imaginer, mais ça c'est en bonus, pour retourner chez soi à 1h au lieu de minuit.

Le billet indique le rang C, et il faut déménager une squatteuse : le strapontin donne sur le couloir, ce qui est peu pratique, mais aussi directement sur la scène. De fait, il est bien difficile de mettre ses jambes sans trop souffrir (c'est moins pire qu'être assis par terre, et le malconfort de Garnier reste aussi supérieur). Mais au moins, il y a un avantage certain (outre de pouvoir partir n'importe quand si ça tourne au vinaigre, comme l'année dernière) : je suis sur la scène, et comme Pina Bausch a privilégié mon côté pair, je me suis de nombreuses fois retrouvé à un petit mètre des danseuses. Neuf femmes, huit hommes. Et toutes très belles et très différentes, de 1m30 à 1m85. La première soliste taille facilement du 44 et un bonnet D (y'a de quoi manger, voluptueuse). Bribri est quelques rangs derrière, je repense au clonage anorexique de l'opéra...

Il y a vraiment de tout et de rien dans ce "..Como el musguito en la piedra, ay si, si, si... " : successions de saynètes absurdes, chaque mini-scène dure rarement plus de trente secondes. On y apprend la marche à son poisson, on y singe la fille mal gardée, on se refait une beauté pendant qu'un homme asperge d'une bouteille d'eau (cette partie m'a beaucoup plu : comme c'était en face de moi, j'ai pu me rincer l'oeil en transparence), des chaines pour se coiffer, se refiler un manteau à terre, du Bausch, quoi. Beaucoup de répétitivité (comme d'hab'), avec même un rebours des premières scènes sur la fin. Quelques thématiques se dégagent, comme les jetés à terre (de pierres, de patates, de bouchons...), les classiques relations homme/femme (ceux-ci maltraitent un peu celles-là, mais surtout l'inverse, les claques fusent, les messieurs courent après les dames, qui en profitent, s'esquivent, se fâchent ou en profite).

Heureusement, ça danse pas mal, cette fois, c'est même la très grande majorité des deux fois une heure vingt (oui, ça fait beaucoup de mini-scènes, et pourtant, ça s'oublie très vite...). Ce dernier Pina est résolument dansant. Mais guère cohérent, à vrai dire. On ne sait jamais où l'on veut en venir, et cela ressemble à une collection sans fin. Pourtant, il y a beaucoup d'émotion, dans ces chorégraphies, qui se succèdent sur des musiques technos, hispaniques, répétitives.

Il paraît que la technique Pina pour ce genre d'exercice s'apparente au crowdsourcing. Ce ne serait guère étonnant, tant il semble difficile de concevoir autant de pièces décousues. Par exemple, la scène de l'arbre sur le dos, qui figure sur l'affiche, dure une trentaine de secondes, après deux minutes de funambulisme à l'envers (et une danseuse qui court attachée, en demi-cercle, venant s'écraser à quelques centimètres de moi). Amélie a raison : ça se vit plus que ça ne se raconte.