L'orchestre philharmonique de Strasbourg, a priori, ça ne paie pas de mine, mais j'en avais déjà un fort bon souvenir, notamment de la grande violoniste brune ; il était dirigé par le même Marc Albrecht. Au programme : une oeuvre encore plus rare que les éclipses, les "Gurre-Lieder" d'Arnold Schönberg.Il faut dire que c'est un sacré ramdam à mettre en place : déjà, il faut empiéter sur les trois premier rangs pour caser quatre harpes et deux contrebassons (c'est très, très massif) ; ensuite, il faut réserver l'arrière-scène pour le choeur (en l'occurrence le Czech Philharmonic Choir Brno) ; enfin il faut cinq chanteurs et une narratrice finale (amplifiée, en l'occurrence, d'où une petite équipe technique supplémentaire). Tout ça pour remplir la salle honnêtement mais pas de quoi justifier m'avoir caser au rang W : je m'incruste au J, ce qui donne la bonne distance pour s'en prendre plein les oreilles, tout en embrassant l'orchestre et en voyant le surtitrage (mais un premier balcon aurait été bien meilleur).

Au chant : Ricarda Merbeth (en remplacement de Christiane Iven) dans le rôle de Tove, la malheureuse maîtresse de Waldemar, Lance Ryan, roi du Danemark moyenâgeux ; Anne Larsson en Colombe des bois ; Albert Sukowa et Arnold Bezuyen pour les petits rôles de Paysan Bauer et Bouffon Klaus ; et enfin Barbara Sukowa en narratrice.

Le style est très wagnérien pour ce pré-Schoenberg, et on devine presque des citations du Crépuscule à la fin de la première partie. La fin de l'oeuvre est particulièrement inventive, avec des sur-aigus sifflants, des percussions originales, une construction inédite ; c'est là qu'intervient un parlé chanté de la narratrice, à l'amplification malheureusement mal calibrée au début (on a été plusieurs à sursauter, d'autant qu'apparaissant dans un coin de l'orchestre et dans l'ombre du chef, on ne la voyait quasiment pas du côté impair).

Une amplification dont auraient eu besoin les deux protagonistes principaux pour passer au dessus de l'orchestre avec plus d'aisance, mais dont Anna Larsson, véritable héroïne de la soirée, n'a absolument nul besoin : un orchestre, où ça ? Même en la plaçant derrière, elle passe par dessus sans problème. De diou ! Et c'est un sacré morceau, aussi... (une tête au dessus de tout le monde)

Cette oeuvre, suite homogène de Lieder, est... extatique ? Que dire de plus. Le frissonomètre a atteint un niveau inespéré sur le final (vers 22h25). 10 minutes d'ovation, pas moins. Le signal est clair : on en veut tous les ans ! (fin de soirée avec Klari et Bladsurb, on bave sur Marc Albrecht et Anna Larsson quand ils passent)