Tout d'abord, tordons le coup aux rumeurs infondées : contrairement à ce que pourrait déclarer Klari (dont les billets sont légendaires -- dédicace à Kaptation), mon fanatisme de Lola n'est pas du tout surjoué. Pour preuve, depuis le rang A du premier balcon (oui parce que lorsqu'on échange des places avec l'orchestre de Paris, une semaine pour l'autre, pour un concert très bien rempli, voilà comment on vous traite : ces gens sont géniaux, qu'ils soient bénis), la vue était parfaite sur la bassoniste (elle s'est encore fait piquer son poste), et par ma foi, quelle extase !

Il faut dire aussi que cette soirée était exceptionnelle. Non seulement parce que c'était la dernière de la saison à la salle Pleyel, mais aussi parce que le programme russe (si l'on admet que la Finlande était quelque peu envahie...) était absolument formidable. Gianandrea Noseda à la direction (qui paraît-il est fort bruyant, mais du premier balcon, on ne l'entendait pas), pour des extraits habituels de "Prince Igor" (Borodine), un concerto pour violon de Sibelius et Alexandre Nevski de Prokofiev. Ouah.

Avec Prince Igor, la chimie prend ; on n'a à déplorer qu'un applaudissement intempestif entre l'ouverture et les danses polovstiennes, que le chef exploite en faisant par quelques saluts, ce qu'il paiera après le premier mouvement du concerto pour violon -- de fait, afin de rééduquer le public, il aura fait preuve d'un art tout en finesse, avec la complicité de la soliste, afin d'éviter les explosions de joie (du coup, les tousseurs sont pris de cours et se soulagent sur les premières notes du troisième mouvement).

Bref, Borodine, excellent. Puis Sibelius : excellent aussi, avec Viktoria Mullova (qui signe des autographes étranges de manière étrange ; Klari l'adore ; elle fait aussi beaucoup de musique expérimentale, elle a même enregistré un disque avec une Labèque, c'est dire), superbe -- mais jouait-elle son Stradi ou son Guarneri ? (elle a les deux !) Je penche pour le second, la souris dit le premier, mystère... En rappel : le même Bach que d'habitude. Overdose. On croirait que le répertoire pour violon solo est aussi vaste que celui pour picolo...

Entracte, ami russe, jolie ouvreuse, Agnès Letestu qui attend incognito sur un tabouret (la souris aurait bien voulu voler sa robe) et retour pour cet immense Prokofiev dont je ne me lasse jamais, Alexandre Nevski (todo : commander le DVD, pour l'érection de la souris). La mezzo Elena Zhidkova est aussi un sacré morceau de fille... On en sort tout frissonnant.