À Paris, en été, toutes les salles sont closes, mais l'on peut espérer assister à quelques festivals par-ci par-là. Durant trois semaines, c'est l'habituel Paris Quartier d'été qui occupe les cultivés de la capitale. Bon plan de la souris : "Roméo et Juliette" de Thierry Malandain, dans la cour des Invalides. Comme tout bon français cultivés, on cherche le bon plan par relations : c'est finalement une danseuse de la troupe qui est trouvée, et voilà avec un tarif réduit (d'un autre côté, aucune réduc' pour les jeunes, c'est vache !). Au passage, on agrège aussi Pink Lady — de l'autre côté de la grande estrade aux sièges en plastique qui font mal aux fesses au bout d'une demie-heure.

Le nom de Maladain me disait trop vaguement quelque chose pour que je me rappelle en avoir déjà vu. Un peu moins d'une heure trente pour cette pièce d'un seul tenant, débutant à 22h officiellement, soit 22h15 dans le faits, lorsque la nuit est enfin tombée — mais tout de même trop tard dans l'absolu. La chorégraphie suit la musique, à savoir le "Roméo et Juliette" de Berlioz. Est-ce pour cela que l'association avec la danse de Sacha Waltz s'est faite dans mon esprit, ou y a-t-il vraiment une ressemblance, tout compte fait ? Toujours est-il que Malandain reste avant tout dans un langage classique, même si la scénographie est contemporaine — ces changements incessant d'habits sur scène, cette nudité, ça évoquerait presque Robyn Orlyn !

Toute fille est une Juliette potentielle, tout garçon un Roméo — ce qui n'est pas sans poser de problème dès qu'il nous faut un frère Laurent, danseur chauve qu'on extrait par intermittence. Le style de danse est assez éthéré, ce qui donne de très beaux ensemble, en groupe, ponctués de bonnes idées (qui parfois échouent assez lamentablement, mais le cœur y était), mais... c'est trop long, trop de longueurs. Outre la multiplication des couples, 2x9 (ou plus exactement 2x3x3), l'idée principale est la boite. 12 box de grande taille, en métal, qui s'empilent, se dispersent, s'ouvrent, pour y ranger des costumes ou des danseurs eux-mêmes, s'arrangent en mur, en pavés, en cercueils... L'idée est saugrenue, mais ça marche !

Les danseurs sont très bons, et on est surpris par leurs physiques dépareillés : chez les filles, où c'est très flagrant, certains tours de taille sont monstrueux. Notre hôte Mathilde Labé, a un visage digne d'un muet du début XXème. Une seule blonde, toutes brunes. On sent que l'on n'est pas à l'opéra de Paris ; la souris affirme que les sauts pratiqués impliquent une musculature développée.

Au final, j'en reste quelque peu mitigé. Positif, mais mitigé. Il y a un moment de décrochage, où l'on perd quelque chose. Notamment l'histoire — depuis l'épisode de la consommation (miam miam, toute cette chair exposée) jusqu'à la fin, on ne comprend rien. La souris, à l'inverse, à particulièrement aimé à partir de là ; comme quoi...