J'ai raté l'ouverture de Pleyel ; l'ouverture de l'Opéra de Paris ; et donc l'ouverture de l'orchestre de Paris, mercredi. J'avais prévu d'y aller en dernière minute, mais à ladite dernière minute, j'ai eu des affaires urgentes à régler chez mon avocat (j'ai toujours rêvé d'écrire ça...). Donc, impossible d'arriver pour la première partie, différente de celle du lendemain. Il fallait faire un choix, pour l'abonnement : mercredi, ou jeudi ? J'avais choisi jeudi sur photo.

La classique ouverture du début de concert : celle du Corsaire de Berlioz, festive, relevée, dansante aussi. Très bien. La classique symphonie de fin de concert : la cinquième de Beethoven, qui nous prouve que l'orchestre de Paris est un sacré groupe de musiciens, même sans Lola, avec Paavo Järvi à sa tête, qui arrive à en faire des choses merveilleuses. Si le rang E post-entracte a été très remanié (bon nombre d'arrivées, un directeur qui cependant a disparu avec Carole Bouquet), les ninjas Serendipity et Christian ont très bien supporté la rediffusion, depuis les places du couple d'aristos absent. Pour ma part, j'étais juste derrière, côté couloir, avec le ninja enthousiaste (qui d'ailleurs ne connait que de nom et de vue le couple d'aristos, qu'il salue toujours longuement, sans savoir qui ils sont réellement !).

Côté impair. Parce que même si ma place était au rang F (merci l'orchestre de Paris qui lui, contrairement à TOUS les autres, ne se fout pas de la gueule des jeunes — ceci dit, il semblerait qu'ils n'aient pas réussi à garder les places de dernières minutes exceptionnellement à 10€, et qu'elles soient passées à 20€, soit 100% d'inflation), elle était du côté pair. Non, pas possible.

Parce que Khatia Buniatishvili.


Khatia Bu-nia-tish-vi-li.


Khatia. Khatia.

Ciel. Une rencontre. Mais que nous avait-on caché jusque là ? Quelle merveille ! Géorgienne, 24 ans. Une sirène, taille 36 ou 34, on ne sait plus. Peut-être du juif ou du gypsie, un nez bizarre, tout tout, la perfection. Elle s'installe derrière son piano avec une cambrure telle que sa respiration fait monter et descendre sa poitrine. On respire avec elle. Elle n'a pas encore joué qu'on veut l'épouser. Chopin, concerto n°2. Le n°1 était la veille, avec un jeune pianiste prodige de 16 ans, qui manquait de maturité. Notre héroïne n'est pas non plus totalement au point, mais c'est très, très bon, très fluide, naturel. Beau touché. Elle se plonge dans la musique un peu à la Grimaud, mais elle est tellement belle avec sa coupe en carré-plongeant-bouclé, qu'on le lui pardonne — et puis, ça lui donne une tête de jouissance. Elle attaque bien l'instrument, parfois même elle décolle du siège, dans sa robe fourreau noire aux perles brillantes. Quelle taille, quel bassin, quel fessier ! Je réserve déjà mon tabouret de piano pour me réincarner.

C'est dans le rappel que l'on préfère la jeune Khatia. Très beau. Pas seulement parce que cette érection musicale a provoqué une anémie cérébrale sévère. Non plus parce qu'il s'agissait de Liszt, pas n'importe lequel, "Liebestraum". On rêve d'amour de toi, Khatia ! (d'ailleurs, comme la gent masculine a sorti ses appareils photos, mon voisin se bat avec son téléphone portable durant le bonus, comme un boulet, afin de retirer le son, ce qui résulte en un bruit de fond et même un déclenchement de sonnerie : sévère, l'anémie chez lui aussi ! Et puis scandale : ce n'était pas enregistré, je me suis plaint auprès de Kaptation, toujours émouvante en robe) À deux ou trois moments, pour enjamber un obstacle lors des saluts, on a pu apercevoir une cheville : l'évanouissement n'était pas loin...

Vraiment, c'était très bon en soi. À la sortie, allant vérifier si la boutique ne vend pas des goodies (poster, poupée gonflable, petite culotte usagée, ...), j'apprends que son enregistrement de Liszt contient aussi un DVD. 12$ deviennent 20€, mais tant pis. J'achète !

Le public est en émoi. En liesse, et en émoi.