Il n'y a pas que votre serviteur qui ait la crève : Klauss Florian Vogt aussi. Du coup, c'est Kurt Streit qui est venu le remplacer pour cette unique représentation du 23 septembre, dans le rôle-titre de Titus. Il s'en est bien sorti, sans avoir besoin de partition. Un véritable sauveur, comme son rôle.

"La clémence de Titus" est le tout dernier opéra de Mozart, sorti juste après la flûte : il est étrange de constater que la trame comme la construction sont tout à fait baroques, alors que la musique reste classique, mais sans grande page délirante mozartienne. Ça reste du Mozart, avec de grands moments, et c'est excellent dans l'ensemble. Mais en 6 semaines et avec un flûte sur le feu à côté, c'est autre chose. Adam Fischer fait tout de même de très belles choses dans la fosses.

L'histoire est santa-barbaresque, avec une jalouse (forcément ridicule et dangereuse, manipulatrice, la totale, qu'on l'enferme !), un amoureux perdu manipulé, un couple d'amoureux qui essaie de mettre un peu de bonheur dans les relations de tous, et un empereur hyper-clément, la vertu incarnée. Ayant récupéré les deux places de mon habituel co-abonné jeune, juste à côté de la mienne en amphi, j'avais tenté un doublé de pythies ; finalement, une seule a pu venir (qui n'est pas titulaire sur ce blog, d'ailleurs). Mais à la fin de l'oeuvre, qu'elle ne connaissait guère plus que moi (quoique le CD déballé dans ma cdthèque tendrait à montrer que je l'avais déjà écouté), elle me dit que c'est fou, on jurerait que c'est Cinna de Corneille, mais pas tout à fait pareil, et de me raconter l'histoire ; eh bien, wikipedia est d'accord ; c'est dingue, ces dix-septièmistes, hein...

Pour cette Clemenzia di Tito, nous avions Hibla Gerzmava en Vitellia, la jalouse qui a conquis le public par ses performances exceptionnelles. Elle manipule Stéphanie D'Oustrac (elle a raison !) en Sesto, et la D'Oustrac, on l'aime fort, très fort. La soeur de Sesto (qui est un homme, vous suivez ?) est Amel Brahim-Djelloul, ce qui est très bien, de voir ces noms des autres grandes scènes parisiennes arriver enfin à Garnier, parce qu'elles le méritent largement. Elle est éprise d'Annio, Allyson McHardy, qui doit convaincre Tito de ne pas l'épouser. Parce que Tito a beau être parfait, il a deux problèmes : il change d'avis sentimental toutes les 15 minutes en moyenne, et il agglomère tellement d'ennemis que Publio (Balint Szabo) passe son temps à éplucher le bottin pour le prévenir des complots en cours.

La mise en scène de Willy Decker est géniale : on sait qu'on a une chance sur deux avec lui, eh bien pour cette reprise c'est plaisir des yeux et trouvailles intelligentes. On reste juste dubitatif sur la fin : pourquoi le grand buste, qui s'est progressivement détaché tout au long de l'oeuvre du bloc de 4 mètres de côté en plein centre de la scène, est-il orienté dos au public ? Et pourquoi Titus défaille-t-il en avant scène alors qu'il vient de pardonner ? (accablé d'ennemis partout ?) Mis à part ces lubies de scénographes, l'ensemble est très plaisant et pensé pour la scène étroite de Garnier.

Très bonne soirée au final.