J'avais dit à la souris que ce serait un super concert, mais elle avait du mal à me croire. Radio France a pour qualité de programmer des oeuvres peu jouées, quitte à ne pas bien remplir la salle (euphémisme). Et le défaut d'être toujours autant des sous-merde en marketting. Comme il n'est plus trop possible de se trouver des places à 10€ en fond d'orchestre, c'est auprès de personnes âgées qui revendent des billets de musiciens ou qui ont hérité d'invitations que nous trouvons notre bonheur — Serendipity compris. Une fois à l'intérieur, les amis berlinois et bavards salués, on se brochette avec Klari et le Berlinois, la souris à ma droite, au rang A de côté comme on l'aime pour les jambes. Derrière, j'aperçois Laurent, fait rare (il n'est pas à Londres ? Il veut se tenter la mise en scène affreuse de Faust le lendemain, mais par chance il aura eu une grève).

Myung-Whun Chung est un chef plutôt froid, et donc adapté au climat contemporain, nourri de Messiaen. Cependant la première oeuvre était du Kodali, les Danses de Galanta, 15 minutes. Les fanatiques n'y ont pas forcément trouvé leur compte, devant le peu de mise en valeur du folklore rural, mais l'orchestre philharmonique s'est quelque peu lâché par rapport à son chef, de telle sorte que le résultat était de belle facture tout de même.

Deuxième oeuvre au programme après un intermède technique : le très méconnu concerto pour piano de Barber. Tellement inconnu que le disquaire en bas n'a pas réussi à trouver un seul enregistrement — il y en a un sur Amazon, apparemment c'est la création. 26 minutes intéressantes que l'ami berlinois trouve absolument sans le moindre intérêt. On va dire que les avis divergent. Au piano, on découvre tout de même Garrick Ohlsson, ours américain qui doit baisser la tête pour passer la porte, non par crainte de se faire mal, mais plutôt d'en défoncer le cadre (il nous fait penser à Laurent en plus vieux, mais celui-ci n'est pas de cet avis). Lui fait l'unanimité : son jeu est puissant, très puissant, il faut dire que chaque mimine pèse dans les 2 kg. Quand il pose un doigt-boudin-blanc, le piano sort des notes en jus ; il n'est cependant pas violent comme une casseuse de piano dont nous tairons le nom. Il nous prouve d'ailleurs l'étendu de sa maîtrise dans un premier bis puissant, le prélude de Rachmaninov, puis dans une étude de Chopin (de mémoire) où ses doigts deviennent tout à coup beaucoup plus légers, très rapides et même... minces (effet d'optique ? Superpouvoir ?).

Après l'entracte, c'est concerto pour orchestre de Bartok : encore du hongrois, Klari en est ravi (il y avait un autre fanatique de Hongrie dans la salle, mais je ne l'ai rencontré que le lendemain). Nous aussi, car l'interprétation, sans partition pour le chef, est remarquable. La souris est toute heureuse d'avoir découvert plein de belles choses. J'l'avais bien dit !