Tubin/Tchaïko/Rott
Par palpatine le samedi 15 octobre 2011, 01:40 - ... et les arts - Lien permanent
V'là un concert qui m'a empêché d'aller à Londres : impossible de le manquer (bon, finalement, j'ai eu un rush éditorial qui m'a fait bosser 30h/48, mercredi-jeudi, donc pas trop de regrets). Leonidas Kavakos, voyez-vous. Au rang BB (plein centre : la souris est impaire, je suis pair, j'invoque le regroupement familial devant l'ouvreuse au contrôle) ; forcément, on agglutine Klari au passage. Bavez pas trop, les filles, ça va dégueulasser ma veste que j'vous dis !
On commence par une pièce bien méconnue comme il faut, de l'estonien comme le chef Paavo Järvi, Eduard Tubin, Symphonie n°11, sa dernière inachevée, d'une petite durée de 10 minutes, de fait. Papa Järvi a beaucoup contribué, via une fondation, à augmenter la visibilité de ce compositeur quelque peu tombé aux oubliettes, alors même qu'il n'est mort qu'en 1982. C'est très vif, beaucoup de croches. Pêchu. Intéressant.
Le coeur de la soirée est le tube interplanétaire du concerto pour violon de Tchaïkovski, que tout le monde connait parfaitement. Comme toujours, la sensibilité est au rendez-vous. Très émouvant — surtout avec Lola dans le viseur, en bout de rangée d'arrière-scène (et, croyez-le ou non, coiffée, oui oui, j'ai même cru deviner une épingle, et y'avait de l'attache, et pas de frange rebelle, il se passe quelque chose...).
En bis : le Bach de rigueur. Je l'ai connu beaucoup plus inspiré. On n'aura rien d'autre, malgré les applaudissements du public, les bravos de Klari (et de Lola, en porte-voix), ainsi que des "youhouhou" du couple devant (ça sent vraiment le fan club). Tant pis.
On termine la soirée, après l'entracte, par une heure de symphonie de Hans Rott, qui lui aussi rentrait au répertoire de l'orchestre : il faut dire que sa première symphonie en mi majeur a été écrite en 1878-80, sachant que le compositeur est né en 1858 et qu'il est mort à 26 ans seulement ; mais surtout, elle a été créée en... 1989 !! Rott a été formé par Bruckner et fortement inspiré par Wagner : forcément, on a du gros orchestre, il ne manquait que de la harpe. Beaucoup d'effets harmoniques. On passe d'un thème à l'autre, du romantique lyrique à la valse qui se veut une parodie de Brahms — qui n'y entendra rien, ce qui est bon signe. Rott est le chaînon manquant entre Wagner et Mahler, tout simplement : le programme cite d'ailleurs longuement Mahler qui lui rend de bien beaux hommages ; il le citera en outre plusieurs fois dans ses propres symphonies. Certes l'oeuvre abuse quelque peu du triangle (le dernier mouvement, une bonne demi-heure, en fait un usage intensif... Klari, venu aussi la veille comme Laurent et Anne, a prévendu la chose comme un concerto de triangle, ce qui a beaucoup fait rire la souris et Joël durant le concert — tous les trois ayant détesté). Il n'empêche qu'écrire une heure de symphonie pour grand orchestre sans jamais l'avoir entendu, donc pu la corriger (combien de fois Bruckner a-t-il revu ses symphonies qui, décriées en leur temps, rassemblent à présent autour de Abbado le samedi à 21h une foule qui claque 180€ la place ?). Personnellement, je me range du côté de Mahler : génie gâché.
Nous devisons de tout cela à la pizzeria "del papa" à côté de Pleyel ; à la table d'en face, la team orchestre de Paris s'installe, avec Kaptation : il me paraît évident, après l'épisode post-générale de Faust, qu'elle me poursuit lors des afters...