Cela faisait quelques temps que l'OdP était en tournée, avec un passage asiatique pour remplir les caisses au passage ; ils en étaient revenus une semaine auparavant, en plein décalage horaire et épuisement (parce que je connais professionnellement le petit frère d'un des deux premiers violons...), mais les revoilà à l'attaque avec un programme assez original pour attirer un Laurent au rang B, et assez important pour qu'une Kaptation (très mignonne en petite robe noire et gros casque sur les oreilles) saute partout pour synchroniser les caméras — notamment une au rang A, prenant trois sièges et en réservant trois fois trois autres devant, pour libérer le champ vers le soliste, engendrant au passage moult frustration auprès des ninjas délogés. Avec la souris, nous sommes en BB, trop près pour n'apercevoir qu'un bout furtif de Lola durant les pauses.

Nous ouvrons pas une ouverture, celle de "The school for Scandal", op 5 de Samuel Barber, qui a de la pêche communicative. Et ensuite, quand ce n'est pas l'adagio (qui est en fait rare, finalement), c'est concerto pour violon (op 14). Gil Shaham a toujours une tête de bienheureux autiste béat que l'on apprécie plus au disque, je suppose (parce que c'est tout de même fatigant au bout de deux minutes), mais il nous fait de très belles choses sous la direction de James Conlon. Il perd de son capital sympathie avec le rappel-tarte-à-la-crème de la gavotte de Bach.

Entracte ; au foyer, le cercle picore d'un côté (disparate ce groupement, j'hésite toujours à l'infiltrer), de l'autre une banque ou assurance quelconque, au milieu quelques spectateurs dont nous tous. On reprend pour une longue seconde partie qui termine vers 22h30. D'abord du Debussy pas banal, "Nocturnes, triptyque symphonique pour choeur de femmes, sans paroles" ; en fait, ce n'est qu'au dernier mouvement que les femmes (et un ou deux travelos, mais ils avaient des cheveux longs pour mieux se fondre), dont B#1 (qui m'avait SMSé il y a quelques temps que Anne les avait shooté), murmurent des ondes de la nuit. C'est joli tout plein.

La dernière pièce est aussi une totale découverte, et ça fait plaisir : Francis Poulenc, "Gloria, pour soprano, choeur mixte et orchestre". Nous avons quelques pépites dans notre répertoire français qui sont ignorés des programmations (au profit de best of germains, y'a toujours du complexe vis-à-vis du cousin germain, de toute façon) ; on y repense chaque fois que dans une semaine, on entend un ministre parler d'exception/préférence culturelle et que l'on se rend compte que l'on nous cache des choses. C'est Patricia Petibon qui s'y colle, et elle y est très bonne, mettant beaucoup de convictions (ça ne me fait cependant pas regretter d'avoir raté son récital dans la même salle : paraît que c'était assez abominable dans le nawak-marketing). Une heureuse découverte aux sonorités tout aussi identifiables que l'oeuvre précédente.