Nous tenons actuellement un record, salle Garnier : celui du spectacle le plus nul jamais présenté. Ça a commencé dans le catastrophique ; heureusement, ça a fini dans le médiocre, dans une belle entreprise de sauvetage de meubles. Il aura fallu importer cela du Danemark : le ballet royal est en effet invité quelques temps, et par un mystère inconnu, a rempli toutes les dates avec un ballet de leur meilleur cru. Un truc très local qui se passe... à Naples. Non, pas de petite sirène, en fait — après tout, les russes nous avaient bien fait une révolution française kitschounette...

"Napoli" est un vieux bidule d'August Bournonville ; la compagnie l'a fait dépoussiérer par Nikolaj Hübbe, qui transpose dans la ville des années 50, mais ne parvient pas à sauver le naufrage artistique d'un ballet qui nous propose en guise d'introduction une bonne demie-heure de pantomime pur, dans un tableau certes bien fait, quoique statique, mais infiniment chiant au possible. Impensable. C'est alors que l'on a dix minutes de danse. Avant de reprendre... sur de la pantomime inutile, pour une histoire d'une simplicité aberrante. Et quelles dix minutes ! Premier pas de deux des artistes principaux, on assiste à un phénomène inédit : à la fin de leur prestation, alors que l'orchestre effectue une courte pause, aucun, je dis bien aucun applaudissement. Et le pire : la scène du travesti. D'une nullité affligeante. Un spectateur tombe de sa chaise ; avec la souris, on se tape un fou rire. Du coup, on se dit qu'on devrait quand même rester. N'empêche que c'est la première fois que j'entends quiconque lancer des "bouh !" à la fin d'une première partie.

Vingt minutes de pause pour se remettre de toutes ces émotions, et retour à nos si confortables places de l'amphi (un autre scandale du lieu). Et là, quelque chose d'assez impensable encore : changement total d'ambiance, avec une partie totalement nouvelle, ajoutée sur commande de la compagnie. On passe d'une musique de 1842, pompier, patchwork, franchement molle (orchestre Colonne anémique sur le seul passage intéressant dramatique de la fin du premier acte, mais on ne leur en veut pas trop, c'est tellement pénible toute cette partition), à une oeuvre contemporaine de 2009 (orchestre bien plus à l'aise ! Percus originales, un peu dessin animé cependant) : ambiance "sous l'océan". Pour que ça ne fasse pas trop collage, quelques mouvements chorégraphiques d'époque sont intégrés. Raté : ça fait totalement pièce rapporté. Mais étrangement, c'est le plus intéressant (même si l'impression d'amateurisme ne disparaît pas totalement — et les lumières étaient totalement ratées pour parfaire le tout). C'est même le moment où l'on découvre un vrai danseur, Andrew Bowman. Mais dès que les deux héros Susanne Grinder (très jolie au demeurant) et Ulrik Birkkjær reviennent, c'est le drame, bonjour mollesse le retour. Et accessoirement, pour l'acte 3, on revient à la pièce originale.

Heureusement pour nous, deux places nous tendaient les accoudoirs au tout premier rang du parterre. De là, la succession de variations, puisque ça c'est décidé à danser, est moins pénible, et même en s'ennuyant passablement, la technique est un peu plus au rendez-vous (ça fait plus pro déjà !), sans émotion certes, dimension artistique réduite, et le tout qui a du mal à décoller. Les danoises sont en tout cas beaucoup moins jolies de près dans l'ensemble (c'est, je pense, un croisement entre l'Allemagne et la Scandinavie). Notre héroïne est toujours mignonne, mais totalement effacée. Celle qui remporte tous les suffrages de fascination, c'est l'invité mystère, en robe volante bleue, une espèce d'apparition, qui n'est que très mal créditée, et n'apparaît pas même lors des saluts (Josephine Berggreen ?). Quelle tuerie ! Évidemment, elle ne danse pas non plus... Lors des saluts, le poisson Andrew Bowman est toujours maquillé, et le public qui applaudit mollement lui réserve à chaque fois qu'il s'avance des acclamations méritées.

Au final, c'est plutôt nul dans l'ensemble. Médiocre est un bon qualificatif. Si l'on considère que la première catégorie est à 92€, arnaque ne semble pas être trop fort... Comment une telle chose a pu arriver sur la scène de Garnier ? C'est presque à croire à une conspiration... Grosse déception que ces Danois ; on ne peut pas être bons partout, ils restent, au moins, la nation la plus civilisée du monde. Mais pour la danse, c'est du foutage de gueule caractérisé.