Cela faisait un bout de temps que je souhaitais rencontrer Baptiste Coulmont, dont j'ai découvert le travail autour de la sexualité il y a un petit bout de temps. Twitter aidant, j'ai pu depuis un peu plus d'un an mieux cerner le sympathique sociologue passionné de sexshops et de prénoms. Pour la rencontre, il aura fallu attendre vendredi dernier : un petit tweet pour annoncer sa participation à un cycle de conférences (dont je ferai attention à ne pas louper les suivantes !), organisé par je ne sais trop qui (Paris 1 ? CNRS ? Deux femmes, en tout cas), à la NYU Paris, dans cet espace interdimensionnel qu'est le coeur du 16ème arrondissement, rue Passy. "Approches historiques des sexualités, XIXe-XXe siècles Erotisme et pornographie" : comment résister à un tel programme ?

Arrivé en retard du fin fond de la cambrousse (là où se planquent mes clients...), l'intitulé de la session était donc : « Un marché invisible : le petit commerce pornographique sous l’œil de la police, 1965-1971 ». Genèse des sexshops dans un temps où la police des moeurs traquait les allusions sexuelles... qui étaient partout et nulle part. Il n'y avait que peu de sexshops (il n'y en a toujours qu'une centaine, en constante baisse), ouvrant et fermant sans cesse, tenus par des gens tout à fait stéréotypés années 70, coincés entre libération des moeurs et répression. Quel était leur organisation sociale, leur rapport à la société de l'époque, le rapport de la société avec les objets sexuels (interdits, mais ne manquant pas d'inventivités : jouant sur la parodie, sur les excuses — "pas à moi", "volé", "j'allais le jeter"), avec aussi les revues pornographiques (à une époque où l'on envoie des lettres polies totalement désarmantes à propos de quelques problèmes de livraisons illicites sur du contenu zoophile, si ce n'est pédophile...). Comment la mondaine agissait dans ce monde, où entre fournisseurs, détaillants et clients une organisation à base d'intermédiaires se formaient dans les lieux subversifs du Nord parisien. Comment encore le phénomène s'est étendu sur le territoire — une ville devient importante dès lors qu'un sexshop s'y implante.

La revue des jurisprudences, ou plutôt des PVs de police (difficile de recontacter les personnes autrefois mise en examen ou condamnées, parfois lourdement, les données étant confidentielles), est un moment assez savoureux. Une époque hypocrite, à n'en pas douter — sommes-nous différents ? Le travail du sociologue n'en est que plus intéressant encore.