Le problème des bouffes du Nord, c'est que c'est au Nord. Petit cours de géo pour les non-parisiens (c'est mal !) : au Nord, faut pas y aller, c'est pourri. Voilà, c'est la seule règle à retenir, grosso modo. Porte de la Chapelle, c'est même le centre du pourri, capitale internationale de la ville moche, quartier improbable à dynamiter. Et donc, je ne le savais pas, c'est là que ce sont casés les Indiens (je résiste à la métaphore, admirez l'effort). Derrière la gare du Nord, des rues pleines d'Indiens... Ciel ! Et des restos d'Indiens aussi ! Forcément, Joël est dans son élément ; au resto, j'essaie surtout de ne pas mourir, tout en hallucinant sur leur mollesse légendaire des gus qui ne vivent pas dans la même dimension — ou comment attendre 25 minutes un mini-plat de nouilles (heureusement, y'avait un peu de Chinois-civilisé sur la carte). Forcément, avec la souris, on avait encore faim : alors après avoir récupéré nos places (la première au tarif chômeur pour moi ! 17€ quand même, bordel de Dieu, ils sont riches les chômeurs dans ce quartier de pauvres !!), on a cherché une boulangerie ; et on a fini dans une boulangerie-bouiboui, très suspecte, surtout après avoir avalé les bidules ainsi vendus. Au retour vers le théâtre, au passage piéton vert pour moi, un bus et un camion accélèrent ; je passe après eux, et à moitié du passage, le piéton devient rouge : une BMW alors me klaxonne en pilant devant moi ! Évidemment, il a eu droit à son lot d'insulte à la fenêtre (le gros con fait semblant de ne pas me voir).

Bonne humeur, donc. Rappelez-moi de ne plus retourner aux bouffes du Nord : c'est encore plus des sauvages que la porte de Pantin (assez voisine), pourtant déjà le trou du cul de Paris. Qui plus est, le théâtre est en mode décrépi (travaillé ou laissé en l'état ? Les deux je pense), et pendant le concert, un truc s'écroule avec un boucan d'enfer dans les escaliers. On s'assied sur des sièges qui surplombent la scène mais obligent tout de même à se tenir de travers, sur des sièges en bois à peine recouverts (pourtant pas si inconfortables, y'a pire), tandis qu'en bas Klari et Joël sont sur des bancs. On nous fait alors une annonce avec une jeune fille sans micro, qui cherche ses mots... "Ah oui... il faut aussi éteindre... vos téléphones portables... Voilà". Artisanal. Au secours. Dimension parallèle.

Mais alors, que faire dans ce bled pourrave ? Hé bein y'avait THE concert. Évidemment, c'est Klari qui avait trouvé le truc : elle bave sur le violoncelliste Xavier Phillips. Alain Planès au piano, David Crimal et Hans Peter Hofmann aux violons et David Gaillard à l'alto. Il est 20h40 quand ça débute, ce qui fait terminer à 22h45 sans rappel : c'est très con. Mais outre les très talentueux artistes (qui mériteraient une vraie salle dans un vrai lieu, genre théâtre du Châtelet), il y avait THE programme : que du Janacek !!

Quatuor n°1 "Sonate à Kreutzer" (1923, 19 min), "Pohadka pour violoncelle et piano" (1910 rév 1923, 12 min), "Dans les brumes" (1912, 18 min), entracte (échange d'émotions : "gniiiiiiii"), "sonate pour violon et piano" (1914-15 rév 1922, 17 min), "quatuor n°2 'Lettres intimes' " (1928, 23 min). On retrouve tout ce qui fait les super-BO de films, avec cette musique très émotionnelle sans être putassière : une idée de la perfection. Oui, parfait.