Cette histoire de récital de Natalie Dessay était complexe : on avait annoncé, l'année dernière, lors de la présentation de la saison nouvelle, que la date avait déjà changé, mais qu'elle était encore inconnu, me semble-t-il. De toute façon, au moment de prendre mon abonnement jeune, ayant raté l'ouverture, il était évident que je n'allais pas retrouver la date. Ce que je ne savais pas, en revanche, c'est qu'entre ce moment et l'ouverture des guichets (en juin), les places émises pour les abonnements avaient la première date, celle qui n'était pas la bonne. Mais tout cela m'était indifférent : certes Christian y allait, mais personnellement, j'avais laissé tombé l'idée. Et puis un ninja broadcaste une multi-annonce, dans laquelle l'ami berlinois vend sa place pour le jour même, dimanche dernier quoi. Mais comment faire, puisqu'il n'y va pas ? Technique du duplicata avec références du dossier complètes. OK...

À mon arrivée, il y a foule dans le hall, mais pas du côté des places de dernières minutes : du côté de l'accueil, du retrait des places. Parce que tous les très nombreux abonnés n'ont pas eu leur place échangée comme on le fait d'habitude, par envoi. Pourquoi ? La question fut posée à de nombreuses reprises par un public assez courroucé d'attendre une petite demie-heure — d'autant que certains, munis de places FNAC, découvraient plus ou moins les lieux pour la star. Mais pas de réponse. Pas plus que pour savoir pourquoi seulement la moitié des places avaient été réimprimées, obligeant à sortir les autres sur demande (un audit sera lancé, promet-on — pas pensé leur filer ma carte de visite, je fais ça maintenant !). Et évidemment, dans ce genre de cas, il faut une catastrophe supplémentaire : un seul ordinateur sur les deux en état de marche. Résultat : une division de la file d'attente entre ceux qui doivent retirer leurs places commandées par téléphone ou sur Internet (donc non-encore imprimées) et ceux qui veulent échanger leurs places (théoriquement pré-imprimées, sauf qu'au bout d'un moment, ils se sont rendus compte qu'il en manquait la moitié, et qu'il fallait donc que les malchanceux changent de file...). Pas de bol pour moi : mettant de côté droit ceux qui ont commandé à distance, je bifurque donc à gauche, et pas de bol, j'apprends que le fameux ordinateur étant HS, il faut revenir à droite. Au final, lorsque ma place est enfin imprimée, il est presque 16h10 (25 bonnes minutes). Le dirlo regarde de près mais reste très impassible.

On me rassure : ça ne commencera pas sans que tout le monde soit muni de billet. Évidemment, n'est-ce pas ? Mais dans le couloir, alors qu'on me bippe, on m'explique que ça commence, et que je vais donc hériter d'une place en zone d'attente, le temps d'arriver à la première pause. Ni une ni deux, je retourne mes talons et vais directement vers le directeur : "dites donc, gros problème de process, ça vient de commencer alors qu'il n'y a pas tout le monde !". Le second en chef, fort efficace, décide de m'accompagner, et c'est en profitant de ce que mes semelles gomme de mes nouvelles Lobb-trop-belles sont très silencieuses que je m'installe donc au dernier rang (déjà mieux que le ZZ). Allez trop savoir ce que j'ai raté : aucun programme à moins de 5€. Ce n'est qu'au bout de quelques airs, en tout cas, que les gus qui avaient claqué 110€ ont pu être replacés à l'arrache en fond d'orchestre. Fallait râler devant les bonnes personnes, les gars...

Claude Debussy
Romance (Maurice Bouchor, inédit)
Romance (Paul Bourget)
Les Cloches (Paul Bourget)
L'Archet (Charles Cros, inédit)
Clair de lune, pour piano
Clair de lune (Verlaine)
Calme dans le demi-jour (Verlaine)
Fête Galante (Banville)
Pierrot (Banville)
Apparition (Mallarmé)
Entracte
Emmanuel Chabrier
Chanson pour Jeanne (1886, Catulle Mendès)
Ernest Chausson
Le temps des Lilas (1892, Maurice Bouchor)
Henri Duparc
Invitation au voyage (1857, Baudelaire)
Gabriel Fauré
Nocturne n°4 op. 33 pour piano (1884)
Claude Debussy
Coquetterie Posthume (Théophile Gautier)
Regret (Paul Bourget)
Romance d'Ariel (Paul Bourget)
Les Elfes (Leconte de Lisle, inédit, création mondiale)

Programme fort original de la Dessay, dont ce n'est pas vraiment le répertoire. Elle explique dans la touchante et très sincère interview du Figaro que c'est le pianiste Philippe Cassard qui a su lui imposer ces mélodies étrangères. Le plus gros est composé d'oeuvres de jeunesse de Debussy, dont un inédit et... une création mondiale ! Ce n'est pas tous les jours, pour une pièce de plus de 140 ans !...

On peut dire que Natalie Dessay réussit son pari : son interprétation ne choque pas, et en même temps on ne peut pas vraiment la rattacher à un style "classique" d'interprétation de ce genre de mélodies. C'est intéressant. Pas de quoi me convaincre d'acheter le CD, cependant, même si la jaquette est très, très belle (et très anachronique en art nouveau, mais bon). Sa diction est bonne mais Malarmé ou autres, ça n'aide pas à tout comprendre. Une fois replacé au rang B (l'avantage des places ultra-chères et des revirement d'agenda : c'est la fête du ninja !), on ne peut qu'être charmé. Elle décide de ne quasiment pas parler et de laisser son pianiste prendre la parole pour les annonces. Elle tousse aussi un peu — la salle en profite quelque peu en écho (public assez peu discipliné, comme d'habitude, qui s'il a attendu sagement la fin du premier cycle pour applaudir, a commencé à le faire à la fin de chaque morceau dès le premier bonus hors-programme ajouté après les premiers Debussy). Bref, elle n'était pas au top de sa forme, je pense, ce qui excuse la dizaine de déraillement de voix. Pas de quoi empêcher les fans d'applaudir à tout rompre, déclenchant trois bis. Dans le hall, on se fait signer des autographes. C'était sympa.