Dans le cycle divin de Matthias Goerne, nous avions mardi dernier le "Winterreise". Après avoir salué les vieux ninjas et Laurent, en ayant tenté d'accrocher son voisin de derrière, du couple d'aristos délocalisés en rang D côté couloir impair — ce qui a laissé les deux places traditionnelles du rang A libres pour les amis berlinois et japonais —, par un bon vieux troll (Laurent m'ayant lancé un "alors, le banlieusard !", en référence à mon cours au fin fond du bois de lundi, je n'ai pas pu m'empêcher d'un "mais bordel qui donc fonde des écoles dans ce bled pourri ??", sachant que justement, y'en avait juste derrière), tout cela avant de rejoindre de ma place de l'autre côté, en B pair (alors qu'elle était convoitée par un apprenti ninja) pour avoir le plaisir d'y attendre 15 minutes le début du concert, j'ai pu constater que Hinata-chan était aussi voisine de Laurent, mais au dessus, en bergerie (c'était donc un mignon mouton). Et après avoir attendu Godot, notre Dieu bienaimé, Matthias Goerne, est arrivé.

Flanqué de son Christoph Eschenbach, c'est cependant lui qui a la relation la plus fusionnelle avec le piano, à tel point que l'on se demande comment cela se fait qu'il ne se soit pas assommé durant cette petite heure trente où il a plusieurs fois flirté avec le couvercle. Lançant son regard gros-yeux au loin, côté pair (vers Hinata, donc, chanceuse et émue de cette attention), Matthias est excellent dès le début, mais de plus en plus parfait, jusqu'à atteindre le divin final sur les derniers lieds du cycle. Maîtrise, émotion, et cette voix de baryton dont les couleurs ont un spectre des plus étendus. Qu'on lui construise un temple !

Bon, Eschenbach a eu des notes bien métalliques sur la fin, j'aurais accusé le piano, mais Hinata était furax contre le pianiste. C'était le seul reproche à faire. Demi-standing ovation, sinon. Mais comment peut-on se relever, après ça ?