J'ai donc eu mes notes de partiels de droit. Environ deux mois après le passage de l'examen, pour une année scolaire qui dure de mi-octobre à mi-mai, soit sept mois, cela représente un peu moins du tiers de l'année à attendre, et plus de la moitié de l'année avant d'avoir un premier retour. C'est déjà un premier échec pédagogique en soit. Un retour qui ne peut être intéressant qu'en consultant les copies : or, celles-ci ne sont disponibles qu'au centre (rappel : je suis un cursus associé au CNED, avec une bonne partie des étudiants qui travaillent et/ou qui sont très éloignés), une seule journée, deux heures le matin et une heure trente l'après-midi (avec deux heure trente de trou entre les deux !!), date donnée complètement à l'arrache par la prof de droit constitutionnel, deux jours avant, à la fin du cours, en annonçant que sa permanence bougeait de fait (elle pensait que nous avions déjà eu l'information, ce qui est très logique — sauf que non, information communiquée nulle part) ; résultat des courses, très peu de personnes on fait le déplacement (peut-être une trentaine, sur un bon gros millier d'étudiants !), alors que c'était le seul moyen de pouvoir s'améliorer !

Droit civil : 13. Droit constitutionnel : 8. Évacuons rapidement le droit civil de l'après-midi : la note est considérée comme bonne, et la perte de points s'explique par le nombre de petites questions, où l'on trouve toujours à redire. En effet, si l'on enjoint l'étudiant à faire court (6 pages, soit quasiment le nombre fourni, avec ma petite écriture), en réalité, c'est seulement pour éviter de se retrouver avec quatre copies-doubles (hein ?) ; il ne faut pas non plus se fier aux corrections fournies, qui font toujours une page de long (il n'y a donc aucun repère fiable sur ce qui est attendu — notons bien le "sur ce qui est attendu", et non pas ce qu'il serait intéressant ou intelligent de faire apparaître). Par exemple, sur la question de l'applicabilité des directives, j'ai répondu en une bonne quinzaine de lignes, mais n'ai eu que la moitié des points : la prof (qui n'a pas corrigé la copie, idem pour le droit constitutionnel) explique cela a posteriori par la rapidité de l'énonciation, qui par exemple ne fait pas apparaître l'arrêt du CE Cohn Bendit (sachant que si l'on entre dans ces détails, qui relèvent en fait du droit européen et non plus du droit civil — d'autant que l'on entre là dans le doit administratif, et non civil ! —, on en a pour 20 minutes de cours audio dédié, tellement les jurisprudence de notre CE conservateur ont changé dans le temps pour ménager la chèvre et le chou). Bref, c'est n'importe quoi. Mais il y a pire encore...

En droit constit, le matin, je prends ma copie, et ne suis pas trop étonné (j'avais compris lorsque la jolie Garance avait dit en cours "voyez, changer un peu le plan est ce qui fait la différence entre une copie qui a 8 et une autre à 18" — et ce n'était pas critique, elle y croit vraiment). Dans la marge, les "oui" se succèdent, une vingtaine en tout, le long de la copie. Aucune erreur. Mais voilà : je n'ai pas rempli l'exercice. Lequel ? Dissertation. Le sujet : "le pouvoir exécutif aux États-Unis". Ça a l'air tout simple, comme ça, mais en fait, c'est très piégeux, surtout pour le newbie qui débarque : parce qu'il ne faut pas refaire le cours, non non, il faut "réfléchir", "analyser", ce qui en français se traduit par... "trouver une problématique". Mesdames et messieurs, avec un sujet bateau en une phrase nominale, il faut trouver un axe de réflexion. Oui. J'en ai tenté quelques un, sur tweeter : "faut-il exécuter le pouvoir des États-Unis ?", "le pouvoir exécutif aux États-Unis : pour ou contre ?"...

Comprenez-vous mon avis sur cet "exercice" ? Il est profondément stupide, et pis encore, il se donne de fausses et hypocrites prétentions. Une preuve : sur ma copie, ce qui me vaut de me faire sabrer est le "que cherchez-vous à démontrer" (bein rien, justement, y'a quelque chose à démontrer ? Vas-y, fais-moi rire un peu) ; sur la copie d'une jeune fille (mâcheuse de chewing gum...) qui venait voir pourquoi elle avait eu 10, on trouvait "hors sujet" (et deux feuilles barrées), un premier grand titre qui était le sujet même, et quelques catastrophes. Pourtant, elle a eu deux points de plus : la souris m'a expliqué ceci qu'en mettant les bons mots clefs (que l'on apprend sur le tas — manifestement cette jeune fille en double cursus les a déjà intégré), on peut berner le correcteur en le brossant dans le sens du poil. Ça montre bien le niveau intellectuel de l'affaire...

La prétention du droit français dépasse l'imagination : l'illustration la plus parfaite est le plan en deux parties et deux sous-parties. Tout est réductible, dans le monde juridique, à deux parties et deux sous-parties (attention : ce n'est pas le même qu'à Sciences po, où l'on trouve que les intitulés sont putassiers — en effet, ils oscillent entre démagogiques et rhétoriques). Pardon, dans le monde juridique FRANÇAIS. Un peu comme croire que tout le monde a des Codes. Ou entendre la prof de droit européen (qui est la même que le droit constitutionnel) avouer benoîtement qu'elle n'est pas spécialiste du droit anglais (Bernie en serait tout retourné), alors même qu'elle enseigne aussi le droit constitutionnel anglais (qui n'a pas de constitution écrite, hein, vous voyez le problème ? Le système entier est un tout !). Même le droit européen (ce n'est pas la même prof qui a fait les enregistrement, et on peut aussi le voir avec la question du devoir de droit civil) est vu à travers la lorgnette française. C'est insidieux, jamais explicite, mais bien réel. La question n'est pas tant de se concentrer sur le droit français, qui nous intéresse, mais de savoir si on le met en perspective (ce qui n'est pas le cas) ou si on le place comme référentiel (ce qui est le cas). Ce nombrilisme, cette absence de relativisme, est un absolutisme autojustifiant un système pourtant profondément abscons, très contradictoire, qui atteint ses limites.

Limites parce qu'au bord du surplein cognitif, avec des Codes qui se multiplie et débordent partout, à l'origine même d'une insécurité juridique croissante. Limites aussi parce que le concept même de droit romano-germanique est au bord de la faillite, tué par son inconsistance et sa contradiction originelle (obéir à des lois codées censées être absolues, mais en réalité soumise à un jeu de pouvoir interprétatif entre législatif et juridique, tant sur les imprécisions forcément existantes que sur la volonté d'appliquer la loi — cf la réinterprétation des 1382 et 1383 du Code civil...), intenable dans un monde qui s'est automatiquement adapté sur un principe de common law, au niveau européen notamment, avec une influence directe à laquelle s'oppose obstinément le vieux monde français (tout en promouvant ces mécanismes au niveau international !). On pourrait en dire long : si j'ai déjà dit que l'un des grands échecs de l'enseignement du droit est que pour un taux de 96% de professionnalisation, la formation est totalement inadaptée au métier et aux réalités. En ce sens, cela rejoint la crise actuelle qui traverse l'école et la réponse technologique par le numérique qui voudrait lui être apporter — j'ai assisté vendredi dernier (je déborde un peu sur la 419ème semaine) à un colloque de toute une journée chez Microsoft, sur ce sujet, qui était déjà abordé au Sénat le vendredi précédent, et ailleurs encore... —, sachant qu'il est classique de proposer de manière toujours inefficace une solution technologique à des problèmes qui sont en réalités bien plus profond, systémiques, qui nécessitent une remise en question totale (vaste sujet de l'école actuelle, à traiter pour une prochaine fois).

Toujours est-il qu'à l'université, à la place de se poser les bonnes question et de réellement réfléchir, on fait semblant, à la place, de penser des sujets sans ambition et de maquiller des tartes à la crème tout en s'en défendant. C'est pour moi une découverte sociologique, anthropologique, d'un très grand intérêt, l'une des raisons pour laquelle j'avais commencé ces cours de droit, l'autre étant... d'apprendre le droit ! C'est ici que se pose un soucis : ces méthodologies sont plus qu'inadaptées ou hypocrites, elles sont contre-productives. À l'heure actuelle, je ne trouve pas vraiment apprendre plus par les cours prodigués que par les ouvrages que j'ai pu glaner : quelle est alors la valeur ajoutée de l'université ? M'imposer un calendrier ? (sur sept mois !?) Sanctionner mes efforts ? (de manière absconse ? — à l'annonce des notes, je retiens parmi le grand flot de protestations sur la mailing list étudiante, présageant l'habituelle défection des 3/4 des troupes entre la 1ère et 2ème année, échec qui ne semble pas bouleverser le petit monde universitaire, celui d'un docteur en médecine d'une cinquantaine d'année qui s'est demandé si l'on se moquait du monde) À vrai dire, qu'une école privée de droit (comme celle de préparation au concours d'avocat qui vient d'ouvrir) me propose le même cursus avec de véritables moyens pédagogiques, et je m'inscrirai immédiatement. Il me paraît clair que l'échec de l'université face aux grandes écoles, pour ce qui est des cursus scientifiques et commerciaux, n'enjoindra pas l'État à créer une nouvelle concurrence, dans une situation de monopole du diplôme (il y a déjà, plus ou moins, Sciences Po, en face — dont on peut s'amuser des signaux envoyés, et dont on revoit apparaître les contradictions avec la mort inattendue de son président-gourou —, mais n'est-ce pas la simplement une question de moyens impressionnants et d'environnement biaisé, plus qu'une véritable réflexion pédagogique en profondeur ? Il faudrait que j'aille voir, mais il est vrai que la présence de conférences, de professeurs qui tournent sur des sujets de spécialité forte, avec des slides, etc., montre déjà une bien meilleure adaptation au monde réel — pourtant aussi, il manque de nombreuses notions de droit, basiques, aux étudiants de Science po, dont le positionnement propre reste tellement flou que le rayonnement à l'étranger ne peut essentiellement se faire que par des échanges).

En attendant, mon verdict sur le droit est le suivant : aussi intéressant qu'extrêmement mauvais.

(addendum : j'oubliais de préciser que le plan en deux parties et deux sous-parties était issu de grandes recherches hyper-poussées de Jésuites, vers le XVe siècle — de mémoire approximative de mes cours d'histoire du droit, dont j'attends toujours qu'on me fournisse une frise pour me repérer —, afin de régler de manière casuistique de nouveaux problèmes juridiques, avec la redécouverte au XIe siècle du code de Justinien, datant... du VIe siècle, et qui a marqué le renouveau du droit romain ; on emploi donc une méthode âgée, uniquement en France — indice ! — alors même qu'une matière primordiale comme le droit européen, à l'origine à présent de 2/3 à 3/4 des lois, par transposition, couvre trois unités d'enseignement avant d'en arriver à la licence !! — et est considéré tout de même comme annexe à notre bon droit national, notons)