"L'histoire de Manon" est la quintessence du ballet pour garnésien : on y voit de très beaux costumes (notamment l'étrange beauté du crasseux, en l'occurrence), de très belles danseuses, en courtisanes (comme au bon vieux temps !), très propre sur soi au final. Forcément, ça en ennuie beaucoup, qui pourtant... reviennent plusieurs fois ! Étrange, n'est-ce pas ? Toujours est-il qu'ayant eu un pass à 19h28, avec le petit rat et la souris, et n'ayant pourtant pas pu revendre ma place d'abo à l'amphi, les 30€ de TCO pour le premier rang impair (à une place de Claire Chazal, mais séparé de la souris en pair central) ont été sans aucun regret — quand bien même Koen Kessels est pénible, de près, à chanter faux pour diriger l'excellent orchestre de l'ONP.

"L'histoire de Manon" raconte l'histoire de Manon — que l'on connait fort bien sans l'avoir jamais lu, même s'il aura fallu me rappeler que cela se termine en Louisiane, tout désemparé devant le décor kitsch de lianes (techniquement : de cordages verts noués) tout droit sorties de "la source". Le chorégraphe Kenneth MacMillan n'étant pas un horrible français ni un horrible russe, la dramaturgie s'entiche peu de scènes inutiles qui habituellement forment la majorité des chorégraphies : la densité de l'action y gagne, pour tout de même 43 minutes de première partie, un peu plus de deuxième, et une miniature fin de 25 minutes (forcément, les entractes ne font que vingt minutes).

Dans le rôle manonesque, Aurélie Dupont ; ah quelle est belle, mais elle est plus crédible en courtisane forte et sure d'elle que dans les galères : je ne l'ai pas vu mourir... Avec elle, la néo-star Josua Hoffalt, en Des Grieux ; les expertes — et Joël — en ont dit qu'il s'améliorait visiblement tout le long, sans être convaincus au début — moi je ne me prononcerai pas, puisque je matais les filles, plus spécialement Muriel Zusperreguy, qui en maîtresse de Lescaut, le frère de Manon par Jérémie Bélingard, était tout de même vêtue en courtisane, et appétissante au possible (même si je suis d'accord avec Fab : elle est certes peut-être trop sage pour un rôle ou la Renavand donne plus de féminité malicieuse). Le méchant de service (le sale con, devrait-on dire) revient à Aurélien Houette, qui a fait baver la souris — une révélation, en somme.

Si les mendiants ont une partie un peu trop convenu (même dans la gaudriole : encore une contradiction de ce ballet certainement trop propre sur lui), les courtisanes (Aurélia Bellet, Sabrina Mallem, Laurence Laffon, Marie-Solène Boulet, Lucie Clément), tout autant que les prostituées (notamment Laure-Adélaïde Boucaud, Juliette Gernez...) sont craquantes à souhait — mais je ne sais plus trop ce qu'elle dansait, en fait, mais c'était bien, hein...

Un ballet à voir, peut-être à revoir. À la fois esthétiquement intéressant, enthousiasmant, mais un peu ennuyeux et pas vraiment hyper-passionnant (enfin, moi je n'ai pas pleuré du tout, et je trouve que le moment le plus dramatique est la scène de jalousie du 2e acte). Contradictoire, ce ballet...