Ce billet ne va pas me faire que des amis. La dernière pièce de Pina Bausch au théâtre de la ville, que j'ai vu en compagnie de la souris samedi dernier, a en effet reçu des louanges quasi-unanimes de la presse. "1980 : ein stück von Pina Bausch" m'a fait revivre des moments aussi noirs qu'il y a trois ans. J'avais prévenu la souris (des risques, sans savoir que cela allait être le cas), qui a halluciné de constater que celle qui a monté des merveilles de chorégraphies ait pu été capable de telles horreurs. Mais cette fois, je suis resté jusqu'au bout, des trois heures quarante (il faut dire que la dernière fois, on m'avait dit que ça dansait ensuite, et que c'était beaucoup mieux : l'espoir !).

J'avais déjà soulevé la chose il y a trois ans, mais à présent, cela me paraît encore plus clair. Il y a une homogénéité sociale, au théâtre de la ville, qui est forte ; un néo-conformisme d'anti-institutionnel, composé (manifestement) de bobos moyens éduqués (qui ne voient aucun problème à ce que les deux tiers de la pièce soit en anglais et un peu en allemand sans aucun sous-titre), dont le lien se matérialise à travers un rire pourtant très bête, de celui que j'avais déjà observé à la cinémathèque, et que j'avais retrouvé (en oubliant de le mentionner dans mon billet) lors du "Nixon in China" le lundi précédent (oui, rire sur un opéra géopolitique dramatique, et aux éclats, je vous jure). Je pense avoir vu là l'émanation d'une classe sociale agrégée autour d'une néo-culture, faute de se détacher par des critères économiques (bourdieusien, en somme).

L'engouement pour le public était total, et lors de la seconde partie, on a même assisté à une véritable communion, avec des applaudissements spontanées. Pourtant, sur la scène, c'était objectivement un gloubiboulga de pitreries bas de gamme en simultanée, avec au final, si on remet bout à bout, cinq minutes de danse (quels danseurs, en revanche !), et peut-être deux ou trois scènes intéressantes (comme celle des adieux) malheureusement plombées par leur longueur infinie, et pour laquelle la réaction du public, devant cette mélancolie poignante, a été... de rire !

Devant cet absurde n'importe quoi, sans aucun sens, pire sans aucun message (ou alors brouillé dans un rapport bruit/signal extrêmement fort), je me suis souvenu des rires enregistrés de l'abominable "Inland Empire", sur les scènes de lapin... À croire que finalement c'était peut-être une critique envers les spectateurs prêts à avaler tout et n'importe quoi tant qu'on peut y trouver une cohésion sociale d'adhésion à une culture impopulaire (contradiction, n'est-ce pas, pour cet électorat que je suppose de gauche).

Mais je dois être hermétique, n'est-ce pas ?