Vendredi à 16h, c'était la dernière édition du cycle de conférences à la NYU (rue de Passy), "approches historiques des sexualités, XIXe-XXe", dont je vous conte régulièrement les aventures. Cette fois, deux intervenants ; mais un public toujours aussi restreint, avec les deux organisatrices (dont Sylvie Chaperon, qui dirige la thèse de la première intervenante, après avoir dirigé son mémoire), le vieil érudit étrange, deux étudiantes (qui doivent passer à l'oral ensuite ; la plus mignonne est perdue dans son mémoire, aidons-la !), trois auditrices libres plus âgées, et deux amies de la première conférencière aussi.

Et pourtant, quel plaisir d'entendre une très jolie fille rousse (cuivrée, une pure !) de son propre âge vous parler d'érotisme trois-quart d'heure durant ! Camille Favre, brillante historienne (civilisations modernes et contemporaines), a écrit un mémoire sur les pin-ups, et s'est spécialisée encore plus dans le monde de la femme et de l'érotisme, sous le spectre de l'histoire et de la société, ce qui lui a valu d'être interrogée par Mediapart sur les soubrettes (retranscription libre d'accès ici). Pin-ups et soubrettes, il en fut question rapidement, mais de manière périphérique. Car le sujet était bien "les mécanismes de genre dans la photographie érotique et pornographie, 1850-1939". À cette époque, on est encore civilisé : on ne mate pas du gros nibard venu d'Amérique, non non, on s'extasie sur les jambes féminines, et on a bien raison (c'est l'époque du french cancan, "ou l'art de monter la jambe", nous dit malicieusement Camille).

Au début, le daguerréotype est chéros, une demi-semaine de salaire médian ! Mais le bourgeois veut déjà collectionner quelques exemplaires de belles qui s'exposent, encore très habillées, certes, mais sachant manier l'art du dévoilement. Et qu'à cela ne tienne, l'alibi est trouvé : l'art ! Il faut bien des modèles, pour sculpter et peindre (en option : se palucher). La maréchaussée n'est cependant pas tout à fait de cet avis, et dès que ça devient un peu trop visible, voilà que l'on met le photographe un mois en prison, le vendeur un an, et le modèle... six mois. Il faut bien choisir son côté de l'objectif, chez les hypocrites ! (pas si civilisés que ça, finalement)

On trouve quelques merveilles, comme ces photos à la manière de l'origine du monde, qui auraient servi de modèle à Courbet. Mais avant cela, le "collant d'amour" est utilisé pour voiler le dévoilement. Il y avait aussi les photos coquines, de soubrettes notamment, mais aussi d'infirmières, tout ce qui a sédimenté comme fantasmes sur pattes à cette époque (la soubrette était par ailleurs fort pratique : sexe-plaisir pour monsieur, en opposition au sexe-repro de madame, elle permettait aussi, entre ses 15 et 25 ans, de dépuceler le fils du maître de maison et d'éviter de ramener des saloperies de l'extérieur par la même occasion — tout ça avec des chèques emploi-services ?). On y voyait aussi un peu de bite, mais plus rarement. Il était en revanche moins rare que les demoiselles masquent leurs visages, eu égard aux peines de prisons encourues — cependant, la chose payant fort bien, le modèle des couches sociales peu élevées (la lavandière type petite prostitution passagère) était motivé.

Après ces émotions et quelques tranches de rire (instants saugrenus et savoureux), c'est Laurent Martin qui a pris le relai. Alors là, encore pire que Camille Favre pour trouver sa bio avec un nom aussi commun ; historien à sciences Po, de mémoire, plus âgé en tout cas (la bonne trentaine dirons-nous). Pas du tout spécialiste du Japon nous prévient-il (je ne savais pas qu'on pouvait ne pas savoir prononcer du Japonais !), et donc découvreur assez récent du hentai et de l'ecchi : "Images et imaginaires sexuels. Le cas des mangas japonais".

Si l'absence d'érudition japonaise l'a empêché de tiquer sur l'orthographe "ecchi" plutôt que "etchi", l'introduction fut de bonne facture ("hentai" c'est la difformité, à la base, et on trouve le mot pour d'autres domaines que l'érotisme pervers à tentacules). Là, on est quelque peu sur mes terres (aussi...) : citer La Blue Girl, c'est très bien, mais c'est un peu court (même pas un p'tit Bible Black, diffusé sur plein de chaines de télé à travers le monde et doublé en anglais !). Intéressant tout de même, à la fois pour le regard du chercheur aguerri (qui peut chercher sur n'importe quoi, pourvu qu'on le prévienne un an à l'avance), mais aussi pour le regard du néophyte qui découvre. On était ainsi censés voir des images très choquantes (et j'attendais de voir avec gourmandise ce qui est censé être insoutenable), mais... rien. Powerpoint en panne, que des carrés blancs, à l'exceptions de quelques rares images.

Et là, autre moment un peu délicieux pour l'informaticien que je suis : voir le beau monde se battre pour essayer de faire marcher la bestiole propriétaire. Est-ce le refus de mettre à jour le flash player ? (rien à voir !) Cela marchera-t-il mieux sur le mini-PC de Camille ou sur le Mac d'une femme du public ? (non — il aurait surtout fallu regarder la taille du fichier pour se rendre compte que les images étaient manifestement liées dynamiquement, et qu'il fallait donc emporter tout le dossier, pas le seul PPT ; ou alors regarder le message d'erreur totalement miniature qui nous disait peut-être que le copier-coller était sur des URLs externes dynamiques, nécessitant une connexion internet...) Finalement, le verdict fut : "y'a toujours un truc de magique dans l'informatique". La science moderne, c'est la magie de l'incompréhension.

Pas de bol, donc, pour une fois que l'on avait deux intervenants qui avaient pensé à un vrai support visuel (tout en lisant des notes, je vous rassure !), ce fut un échec pour le second — ce qui fait un peu penser aussi que l'absence de dextérité révèle que l'exercice est très rare (et faites des PDF, bon sang ! Le b.a.-ba !). Petite séance de questions, et fin presque à 18h00 comme il faut. Aucune idée de ce qui reprendra l'an prochain (l'universitaire ne travaille que la moitié de l'année, c'est ainsi) : il faut se ménager la surprise !