Il y a des cygnes qui ne trompent pas, des cygnes divins, de cygnes de l'apparition de Dieu lui-même, je parle évidemment de Matthias Goerne : vendredi soir dernier, à Pleyel, avec Christoph Eschenbach au piano, replacé en bout pair de rang F (salle bien pleine !), avec quelques autres ninjas, j'ai vu, j'ai entendu, j'ai vécu et souffert avec Matthias Goerne, interprétant le faux-cycle posthume "Schwanengesang" de Schubert. Fabuleux, oh, ces montées, cette émotion... Tout à coup, c'est l'explosion, et la fin : trois quart d'heure de bonheur.

Et un rappel, aussi, dont la solution est donnée dans le programme :

Pour faire bonne mesure, Haslinger ajoute un dernier lied, Die Taubenpost, composé par Schubert en octobre 1828, soit quelques semaines seulement avant sa mort. Puis il fait paraître cet assortiment composite en deux volets étrangement conçus : d’abord les six premiers lieder de Rellstab, puis le septième lied de Rellstab avec les lieder d’Heine et Die Taubenpost d’après Seidl. (Matthias Goerne propose ici une solution plus unitaire, en éliminant ce dernier – dont le caractère joyeux et sans prétention contrastait violemment avec le numéro précédent, Der Doppelgänger, intransigeante merveille. En contrepartie, il intègre dans le cycle un autre lied d’après Rellstab, composé à la même époque mais seulement découvert dans les années 1890 : Herbst D. 945.)

Après l'entracte (étrangement peu peuplée, outre l'ami berlinois et Serendipity — Hinata-chan pouvait être aperçue au second balcon dans une position mi-acrobatique mi-inspirante), Eschenbach nous a donné du Schubert, la sontate pour piano D960. Le tout pour 45€ en première catégorie. On ne fout pas du monde, à l'orchestre de Paris (producteur de l'évènement et du rang E). Excellente soirée.