Un an après "en attendant", le Keersmaeker annuel était aussi à base d'Ars Subtilior, encore mieux intégré, puisque les chanteurs de l'ensemble Graindelavoix dansaient, tandis que les danseurs de Rosas chantaient. Mais pendant presqu'une heure, impossible de savoir qui était quoi. Trop sombre. Ça a très mal commencé, en fait, avec un gus tout nu, faisant des flexions devant le public, avec un exercice de la voix entrecoupé de sifflements ; pénible et inutile, et franchement long. Puis ça court (en rond, souvent...), ça avance, ça recule, en groupe (une vingtaine de personnes), avant de commencer à chanter, et là tout à coup c'est bien mieux.

Problème : on n'y voit quasiment rien, la scène n'est quasiment pas éclairée ; si l'on ne sait pas que c'était parce que "Cesena" avait été donné à l'aube d'Avignon avant d'arriver sur la scène "couverte" du théâtre de la ville (ce qui était mon cas, mais par un total hasard pas celui de la souris), cela était encore plus pénible, surtout dans les derniers rangs (sans le savoir, le petit rat était présente, mais dans les premiers rangs : elle y voyait mieux !). Bref, mal calculé, mal simulé, il faut attendre 45 minutes pour avoir la couleur, mais quand on donne un coupe de jumelles, on repasse en noir et blanc. Du coup, dans le public, ça s'agite : "lumière", lance-t-on, puis ça murmure, ça râle, et la saignée commence, facilement 10% de la salle se barre, forcément non sans discrétion, alors que sur scène ça chuchote toujours. À ce niveau, c'est plutôt un vrai gros échec (ça devient même un sacré bordel dans la salle, et palme spéciale pour le couple qui est monté sur scène... pour se replacer dans un nouveau trou en plein milieu du premier rang !).

Pourtant, côté danse, mouvement, avec la grammaire Keersmaeker de l'effort et de la répétition, liée à un chant ancien et dépouillé, en polyphonie, est du meilleur effet. Au final, c'est positif, mais l'impression très forte qu'on aurait pu faire bien mieux pour ces 1h40 beaucoup trop inaccessibles. Un peu dommage, il y avait de la matière et de la poésie !