Le vendredi, ce n'est pas censé être orchestre de Paris. Mais il faut parfois des exceptions exceptionnelles. Pas seulement exceptionnel parce que Bladsurb doit voir l'orchestre de Paris une fois tous les cinq ans, ou que @JoPrincesse n'est que rarement synchro avec mon agenda. Deux Ligeti, oui, DEUX. Déjà, un, c'est beaucoup, alors DEUX ! Devant un orchestre survitaminé sur estrade, le rang A (et le B) se sont retrouvés un peu trop devant : avec un ami ninja, on se recule donc en H, dans un trou central. Devant à gauche, Dusapin ; derrière à droite, Marie-Aude Roux ; bien entouré (impressionnante file d'attente interminable aux guichets des invités, ceci dit : à 5€, j'ai payé largement plus cher ma place que la majorité des présents !). Et en bonus, Lola, magnifique cette soirée-là, resplendissante avec sa double-mèche droite-gauche.

Quoi de mieux que les "Atmosphères" de György Ligeti pour se mettre dans le bain ? Les médisants trouveront soit que c'est trop aigu, soit que l'orchestre de Paris n'excelle pas vraiment dans ce répertoire : ne boudons pas notre plaisir ! Quelle intensité que cette pièce... (et le chef arrive à "diriger" 30 bonnes secondes de silence final !) Elle nous prépare en tout cas à mieux accepter l'oeuvre suivante, le "Concerto pour piano" de Philippe Manoury, compositeur tout à fait vivant, de l'IRCAM, ce qui implique forcément un dispositif électronique de tous les diables. Le replacement était pensé en ce sens : des enceintes partout pour entourer le public, mieux valait se positionner au centre, pour profiter du dolby surround. Et en effet, l'idée a été de répéter des morceaux de piano en décalé — un piano hanté. Beaucoup de complexité pour un résultat ma foi, pas si impressionnant. Pas moche ni inintéressant, un peu trop long sans aucun doute (plus long que les 25 minutes annoncées, en tout cas).

Après l'entracte, on se remet dans le bain avec le second Ligeti, Lontano, poétique aride, admirablement bien intégré, dans une transition toute naturelle, avec la symphonie n° 10 de Mahler, dont il n'existe que l'adagio, sublime à souhait.

Entendre cette musique puis revenir à Mahler provoquera une sensation aussi originale que pertinente. L’écoute aiguisée par les transformations minuscules, les réfractions soudaines de Ligeti révéleront un Mahler précurseur et deux compositeurs expérimentateurs l’un comme l’autre. La sensation d’apesanteur est la même. Simplement Mahler jouit du panorama infini quand Ligeti observe un objet céleste minuscule perdu dans le lointain.

C'est tout à fait vrai. Et pourtant, techniquement, ça n'a que peu à voir. Idée intéressante, une expérience à vivre. Tourment de frisson — toujours avec Lola dans le viseur (qui a joué un rôle primordial dans le Ligeti, notons) —, le concert se termine en tourbillonnant à une heure quelque peu avancée, mais qui ne nous empêche pas (après que j'ai obtenu un autographe de Manoury, graphiquement très intéressant), de terminer à la terrasse du bistrot voisin, avec Klari, Bladsurb et Joël (le petit concertorialiste n'étant pas loin derrière — et sa toujours fascinante Madame), alors que les musiciens de l'orchestre hantent aussi les lieux, que ce soit le contrebassiste préféré de tous, ou Lola, en jean moulant, aux hanches aussi poétiques que du Ligeti.