Ces temps-ci, à Paris, les saisons s'achèvent, et les étés de la danse attirent les foules. Du moins à Chaillot, où les places sont franchement trop chères et très rares. Ce n'est pas le cas à Châtelet, par un mystère inexplicable (peut-être l'effet redif' ?), où le jeune (et le chômeur, mais de toutes façons, ils sont hyper-sympas au Châtelet, il suffit de ressembler à un jeune pour en être un, et on lâche les places une demie-heure en avance, pas une demie-minute comme à l'ONP...) peut espérer avoir une fort bonne place (dans la limite de ce que "fort bon" signifie au théâtre du Châtelet, ie une tête qui masque le côté gauche de la scène...), pour 18€.

L'Alvin Ailey American Dance Theater (ou AADT) est celle qui s'affiche partout dans Paris avec un beau black dans un saut incroyable. Voilà tout résumé : c'est splendide et c'est athlétique comme jamais. Comme a dit la souris, "n'importe qui aurait fait un arrêt cardiaque au milieu de la première pièce" ; personnellement, ça m'a un peu épuisé juste en les regardant...

Première chorégraphie au programme (il existe différents programmes selon les soirées), "Night creature" (1974) est de Ailey lui-même — ce sera la seule de la soirée. Il y a eu un remplacement entre danseuse, mais les forces mobilisées pour ce ballet sont tellement nombreuses (une vingtaine de danseur !) que ce n'est que par pure politesse que cela est indiqué avant la performance. Car c'est bien de performance, dont il s'agit, dans l'obscurité de la scène. 17 minutes, soit le format idéal pour ne pas s'ennuyer, et pour voir évoluer une troupe dans une prestation incroyable, où ça saute partout, où ça frétille, ça ondule, c'est fluide... Quelle entrée en matière !

Petite pause de deux minutes, et "Urban Folk Dance" (1990) de Ulysses Dove, cette fois avec seulement quatre danseurs (dont Michael Jackson Jr, eh ouais !), deux couples en symétrie et opposition, chacun autour d'une table, pour des scènes de ménage (musclées). Intéressant, un travail affilié (on retrouve l'épure athlétique) mais différent des autres scènes de groupes présentées. Assez court, 10 minutes.

Après l'entracte (pas énormément de monde, le haut du théâtre a dû se réfugier en terrasse, le petit salon est transformé en parc-à-riches très dense), on enchaine sur "Episodes" (1987, deux ans avant la mort de Ailey), chorégraphie d'Ulysses Dove là encore, mais pour un petit groupe, en réalité scindé, qui se forme et se déforme durant 22 minutes, découpées en épisodes, si l'on peut dire. Plus électro, on rentre là clairement dans quelque chose de plus modern jazz (ce sera évident pour la dernière pièce), plus distant du contemporain (et du moderne, aussi, comme charnière) auquel on pourrait rattacher la première pièce. Il y a une certaine violence contenue, des mouvements secs et des rapports de force (déjà entrevus dans la pièce précédente). On peut avoir un aperçu d'un de ces épisodes en vidéo. Gros travail de lumière, une ambiance noire.

Ambiance black en revanche après un deuxième entracte (cette fois on ne bouge pas de nos fauteuils), pour "Love stories" (2004, Judith Jamison, avec Rennie Harris et Robert Battle), où l'on est totalement dans le modern jazz le plus assumé. Onze danseurs qui déferlent durant 30 minutes, énergie folle au programme (trailer vidéo par ici), le public n'en peut plus à la fin et bas la mesure en tapant dans les mains, la folie totale, le rythme qui envahit tout le monde, tonnerre d'applaudissement par intermittences (mais non, y'en a encore !), même Marina de Brantes, au premier rang (forcément, c'est la présidente des étés de la danse ! — pas de bol, pas pu la croiser, ça faisait longtemps que je ne l'avais point vu), participe à la liesse populaire.

Énergie positive et transe communicative, cette compagnie est pour le moins exceptionnelle !