Un opéra surprise : certes prévu, je n'avais point arrêté de date ; c'est finalement l'initiative d'Aymeric qui aura inspiré la souris, pour qu'on se retrouve tous dans la file d'attente des pass jeunes. J'ai plusieurs fois raté "l'amour des trois oranges" de Prokofiev, à Bastille : d'abord un peu par snobisme, ensuite par manque de temps ; le fait est, aussi, que j'ai une terrible aversion pour tout ce qui relève de la comedia dell'arte, et autres bouffonneries. Il fallait cependant bien amortir le pass jeune pour la dernière année dont j'en dispose. Pas même regardé la distribution — que l'ami berlinois, croisé dans le hall alors qu'il allait à l'amphithéâtre, a dit détester, contrairement à la mise en scène.

Eh bien ma foi, j'l'ai trouvé pas si mal que ça, cette distrib' ! (mis à part quelques faiblesses par-ci par-là, rien de trop grave) Je dirais même qu'il y a bon nombre de talents remarquables.

Alain Vernhes Le Roi de Trèfle
Charles Workman Le Prince
Patricia Fernandez La Princesse Clarice
Nicolas Cavallier Léandre
Eric Huchet Trouffaldino
Igor Gnidii Pantalon
Vincent Le Texier Tchélio
Marie-Ange Todorovitch Fata Morgana
Alix Le Saux Linette
Alisa Kolosova Nicolette
Amel Brahim-Djelloul Ninette
Hans-Peter Scheidegger La Cuisinière
Antoine Garcin Farfarello
Lucia Cirillo Sméraldine
Vincent Morell Le Maître de Cérémonies
Alexandre Duhamel Le Héraut

Ça fait du monde ! Faut dire que c'est l'opéra le plus WTF qu'il soit. À un moment, on se demande s'il est normal de ne pas comprendre le fil logique du bidule, mais même Wikipedia confirme : "un niveau de loufoquerie rarement vu à l’opéra". C'était l'époque de René Char, où il n'y avait pas trop besoin de drogue pour délirer en plein. Mais peut-être (sûrement, en fait !) un peu too much.

On en retiendra quelques répliques cultes sur la louche de la cuisinière (à combattre à l'aide d'un ruban...). Et évidemment la célèbre marche, sous la baguette d'Alain Altinoglu. Gilbert Deflo arrive à faire tenir tout ça avec des visuels inventifs, qui suscitent un peu de rire. Car c'est bien ce qui est paradoxal, dans cette affaire : si notre prince hypocondriaque ne rit pas, nous non plus, du moins pas avant un bon bout de temps. Mais les clowns, ça ne fait pas rire. Reste une oeuvre déjantée, pas trop longue (deux fois une heure), à découvrir.

Addendum : J'ai oublié de parler de la souris-princesse !! (enfin, un rat) Honte à moi (un grand moment de quasi-fou-rire contenu, avec la souris à côté).