La semaine passée, j'ai vu deux émanations geeks péri-informatiques. De type "geek powaaaa".

Le jeudi, Japan expo. Cela faisait quelques années que je sautais l'évènement, et la possibilité d'y aller la première journée, pour moins cher ("seulement" 9€), avec moins de monde (tout est relatif...) m'a assez motivé pour aller faire le tour au parc des expos avec ma carte Navigo illimitée. Déjà, dans le RER, il y avait du geek pure race, déguisé en blanc (et en fille ?? Pas reconnu les persos), du genre à bronzer devant son écran (air maladif garanti). Sur place, déferlement de geekitude extrême.

On pourrait faire de l'ethnologie, j'ai pensé que je devrais y emmener la souris, pour lui montrer. C'est amusant de voir que la population est de plus en plus mixte, et que pas mal de gamins (ados-rebelles) sont déjà dans le trip. L'éventail des référence n'est pas pourtant extrêmement large, on reconnaît plusieurs types de population, dirais-je, et il ne faut pas forcément se fier au déguisement. La Japan expo, c'est un Japon magnifié avec certaines lunettes, qui feraient dire à ma vieille amie japonaise qu'elle n'y reconnait rien de son pays. Très manga, déjà ; des reproductions d'armes qui vont du katana au fusil militaire (le rapport avec le Japon ??) ; et la calligraphie quelques fois repoussée dans les coins. On y trouve un club français de ninjas où pas un seul n'a l'oeil bridé, tandis que le jeune hallucine devant les oreilles de chats révolutionnaires qui tournent automatiquement en fonction des ondes cérébrales captées (joie, mélancolie, etc.) — moi j'ai surtout bavé sur la petite japonaise qui faisait la démo, et ce n'était pas les oreilles qui frétillaient.

Mais la puissance du truc, quoi ! Impressionnant. Monde fou. J'en suis reparti avec de vieux mangas auparavant introuvables, et à présent à prix réduits. Mais même en ayant mis la main sur Basilisk, on peut toujours rêver pour Tekhnolyze. Un espèce de mélange improbable, où l'on peut très bien croiser un parterre de gens en train de karaoker sur... le roi lion. Et pourtant, tout un tas de petites merveilles introuvables le reste de l'année. Mais cette population, quoi ! (le samedi/dimanche est-il moins jeune ?)

Le vendredi, c'était la fabrique de la loi. Ou quand les geeks rencontrent les politologues. Alchimie remarquable, l'évènement aura permis de découvrir des geeks citoyens qui donnent dans l'étude politique (sans trop savoir où mettre les pieds), des universitaires qui s'essaient à la manipulation technique (avec plus ou moins de succès), des politiques (administratifs) qui tentent de s'y mettre, et surtout des initiatives naissantes entre geeks et universitaires qui ouvrent tout un champ formidable. Et l'on ouvrit le Parlement — travail en cours, c'est plutôt malgré lui.

Il faut bien se rendre compte des impacts qu'ont eu des Hadopi en France ou des ACTA dans le monde. Don't fuck with the geek. Avec sa connexion Internet, son diplôme d'ingénieur et sa persévérance, le geek décide d'aller démonter cette machine appelée État qui essaie de l'embêter. Comment s'est fichu cette bête-là ? Passe-moi la clé de 12 ! Le boulot de Regards Citoyens est au-delà du remarquable, et s'affine de plus en plus ; à présent, un partenariat fort avec Science Po (qui accueillait l'évènement international — et vraiment international !! L'Écossais a failli en tuer quelques uns) pérennise en France un mouvement que les vieux universitaires gâteux (je pense à mon prof de sociologie politique, le fameux...) ne voient absolument pas venir. Mais le mouvement est là ! (soyons précis : les plus impliqués seront les geeks, ce qui en profiteront seront les politologues — ce qui élargit déjà grandement le champ des experts impliqués, avec rebond journalistique possible pour le broadcast — ; nul grand public là-dedans, même si la transparence le concerne).

Épatant de voir cette force vive "populaire", y compris des jeunes filles (parfois toutes frêles et jeunes mais über-mignonnes), sur la vague de l'opendata et de l'opengovernement, s'attaquer à un bastion de la rente, la politique, avec des armes de pur savoir. Rafraichissant !