Il y a quelque chose d'amusant : pour "Laurence anyways" (dont je n'avais absolument pas fait le rapprochement avec la bande-annonce vue plusieurs fois du prof débarquant en salle de classe en jupe), j'avais d'un côté de très nombreuses critiques dithyrambiques (dont celle du p'tit rat, qui a tweeté et retweeté de quoi ne manquer sous aucun prétexte THE chef d'oeuvre du moment), et une seule critique franchement plus que mitigée de Hinata-chan. Je reprend ce que la souris a expiré, à la fin du film : "non mais faut qu'il arrête de penser !" (je ne dis jamais assez de bien de ma souris, et des fous rires récurrents pour ce genre de traits d'esprit).

Une fois n'est pas coutume, je suis donc en désaccord total avec la critique cinéphile. Ce film est pénible dans l'ensemble. Il y a bien quelques instants très pertinents, mais ils sont noyés dans 2h40 compressibles en une heure à tout casser. Le début est tapageur dans un style de clip certes plutôt inventif, mais qui finit par donner mal à la tête ; on est heureux quand ça s'arrête. Puis on passe au travestissement : Laurence, qui est un homme, hétérosexuel (et qui le reste), décide de s'habiller en femme, parce que c'est là sa nature profonde, nous dit-il, et qu'il vit dans le mensonge. Le mensonge d'être un homme qui se veut femme, mais alors, femme lesbienne ? On ne comprend pas bien : impossible de s'identifier, impossible de voir le fond de l'affaire (et autant j'ai rencontré plusieurs fois des hommes s'habillant en femme — souvent même sans s'épiler par ailleurs ! —, autant ils étaient logiquement gays). Bon, alors, à la rigueur, on connait un cas de female-to-male qui a gardé son vagin et se fait prendre par des hommes dans des pornos gays (Buck Angel — ATTENTION C'EST NSFW !!!). Mais à part le chevalier d'Eon (et encore, pas sûr), je ne vois pas...

Toujours est-il qu'à partir de là, le film prend deux directions : penser (telle la bulle de savon) ce cas hyper-particulier (en évitant soigneusement les questions du type : "le droit doit-il s'adapter à toutes les subjectivités ?", en ne s'y prêtant pas), et conter une histoire d'amour forcément complexe (et beaucoup trop complexifié pour que ça reste digeste). Le tout filé par une voix off d'interview un peu saugrenue. Et avec des visuels qui rendent parfois épileptiques (je ne parle même pas des ralentis, des fringues qui tombent, de la musique trop forte même pendant les dialogues, des lasers, des gros plans pas possibles, ou des choucroutes sur la tête — "les années 80 ne sont arrivées que dans les années 90 au Canada", entend-on dans HIMYM —, non, le pire, ça a été Céline Dion — intolérable). Bref, ça reste superficiel dans l'ensemble, et le seul regard fouillé, c'est justement celui des autres : comment juge-t-on Laurence, quels comportements sont adoptés.

Pourtant, la matière est là aussi à peine effleurée. Le rejet (magnifique scène signée du "ecce homo", justement, très fort, très intelligent !), la scène dans le pub, ok. Le rejet par la soeur pourtant lesbienne : bien trouvé. Mais il y a eu quelque chose d'amusant et de non-traité, comme si cela, c'était tout de même normal (oh, mais justement, en parlant de normalité...) : les personnages se doivent fidélité en amour. Que le personnage de Suzanne Clément trompe le personnage ambigu (pas seulement sexuellement) de Melvil Poupaud, et nous voilà avec une scène un peu violente et longuette, que l'on retrouvera encore répétée plus tard sur le thème de la monogamie infranchissable. Curieux, cette critique de la normalité absolue (et pour la peine, j'oppose là malicieusement une construction sociale non-biologique à une construction anti-biologique que l'on veut sociabiliser — c'est clair ?).

Autre chose qui m'a assez amusé : être une femme, c'est donc mettre une jupe et se maquiller ? Pauvres transsexuels papous qui ne peuvent exprimer leurs troubles sexuels ! Pauvres peuples qui n'ont pas eu à monter à cheval et ne connaissent pas le pantalon ! (ça comprend à peut près la terre entière sauf l'occident, pour rappel) J'aurais bien voulu que l'on fouille de ce côté-là, tiens ! Mais de tout ce qui est psychologique, même de loin, rien. Le vide. En 2h40, faut le faire !

C'est donc un échec. "Les Amours Imaginaires" avaient ce côté intellectuel, mais plus travaillé et plus léger. Là on entre dans le pathos avec de l'improbable, en évitant tous les écueils politiques, sociaux et psychologiques. Les effets de style en deviennent lourd. C'est raté. Dommage.