Le matin, j'écoute RFI à la radio. C'est un hasard total, je prends juste la première station qui tombe à chaque fois que le radio réveil se dérègle (avant ça, il y a eu radio anar' et une radio de rap...). Ceci étant dit, la tête dans le chou, j'apprends plein de choses sur la politique internationale, en Afrique et en Russie ; et de temps à autre, un artiste est à l'honneur (interview de Montovani, par exemple). Bref, à un moment, ça a parlé de Richter, à Pompidou, et j'ai trouvé ça passionnant (je mets généralement une demie-heure pour me réveiller) ; l'inconvénient, c'est que j'en ai à peu près tout oublié (puisque réveillé à moitié au mieux... Mémoire très courte, puisqu'évènementielle).

Bref, avec les aléas de l'agenda, l'expo Richter allait passer à la trappe (comme bien d'autres ces temps-ci), avant de ne la programmer strictement. Mercredi après-midi, donc. Et grâce à mon pass ("carte" demandeur d'emploi), c'est même gratuit !! (au lieu de 11€, ce qui est passablement indécent, surtout pour quiconque ne touche pas plus de 2000€ par mois — ce qui est à présent mon cas aussi)

Gerhard Richter a eu plusieurs vies, et parfois en parallèle — il est d'ailleurs encore vivant, notons, quoique fort âgé, et c'est assez extraordinaire pour moi de tomber sur un peintre non-mort que j'aime (il y a Gottfried Helnwein, évidemment). D'abord, il a fait des choses... qu'il a entièrement détruites. Puis il a peint une table, qu'il a gribouillé. Et là, il s'est mis à peindre des scènes réalistes mais avec un angle de vue et une gestion des couleurs à la fois mélancolique, mystérieuse, brumeuse mais profonde : attaques d'avion, peuplades, paysages et animaux d'Afrique, fleurs, femmes dénudées. Et puis tout à coup, changement de cap : art abstrait total, peinture à la planche de bois et à l'huile en quantité qui donne du relief. Et c'est même pas moche du tout ! (Pour maintenir l'équilibre, il utilise un miroir, parfois renverse la toile : ça lui permet de voir la toile comme si c'était la première fois) Il y a les miroirs, aussi, que ce soit des vitres disposées de façon plus ou moins savantes, un miroir tout simple (hein ?) ou des piles de vitres opaques (effet garanti).

Mais ma partie préférée est vers la fin de l'exposition : les toiles hyper-réalistes à partir de photographies, comme au début de l'exposition, mais en plus percutant, fascinant. Ella, Betty jeune et âgée (l'affiche), et sa troisième femme Sabine (fort jeune, facilement 30 ou 40 ans de moins que lui...). Quatre toiles qui rentrent directement dans la catégorie "ce que je n'ai jamais vu de plus beau". Il y a les bougies, aussi, toutes simples, mais hypnotisantes.

Richter a aussi traité de problèmes politiques (bande à Baader), mais finalement explore à présent la rencontre entre la peinture abstraite et le numérique (après ses petits carrés hyper-précis de 1024 couleurs savamment arrangées, voici les bandes de couleurs très fines qui donnent le tournis). Il y a des thématiques filées : les miroirs, mais aussi sa technique de brossage, qui donne du vivant, de la vitesse, ou tout simplement du flou mystérieux ; le travail sur la couleur, réaliste ou abstrait, est fabuleux. Et bien des toiles, lorsqu'on les regarde en marchant, semblent se mouvoir, vivre, par un effet d'optique saisissant. Il y a aussi la pensée Richter : il n'a pas la langue dans sa poche...

Un monde à part, original et singulier. Le lendemain, j'y ai emmené la souris, et j'ai refait 1h30 de visite — je pense que c'est la première fois que je fais cela. Malheureusement, on regrette les catalogues toujours un peu incomplet ou ne rendant pas justice aux toiles, alors qu'ils sont pourtant nombreux et à des prix non-raisonnables.