Cela faisait bien longtemps que je n'avais vu la compagnie Europa Danse, qui forcément a entièrement changé plusieurs fois de jeunes danseurs. L'Éléphant Paname devant se faire connaître auprès de son public balletomane, l'association naturelle s'est donc faite. Séance de travail gratuite un samedi après-midi, pourquoi s'en priver ? En bonus : c'est Fanny Fiat qui me donne mon programme ; mes vieilles lectrices savent à quel point j'ai adoré la voir sur scène, à quel point j'ai trouvé scandaleux son éviction silencieuse de l'opéra de Paris, et l'on peut donc en déduire que je suis fort heureux de la voir rebondir à quelques rues de Garnier, rue de Volnay (pas bien loin du bottier Corthay, en face) pour un projet fort ambitieux (dont on peine toujours à prédire un succès fulgurant, ceci étant dit). Et ce lieu, que j'avais visité dès son ouverture il y a une semaine, est une réussite totale.

Ce n'est cependant pas dans l'un des studios de danse que s'est tenue la répétition de la troupe, mais dans le "dôme", la pièce principale du bas, public à caser oblige ; ce n'est cependant pas totalement idéal en l'absence de gradin ou autre système permettant de ne pas avoir comme ennemis les têtes de ses voisins de devant. Au micro, pour la présentation, après Fanny, le dirlo (?) du bidule, aussi écrivain de cochonceté à l'occasion (il faudra aller chez la souris pour les détails, évidemment).

Le programme de la compagnie part d'une idée assez simple : retracer l'histoire de la danse. Les styles se succèdent donc, et pour notre entraînement, dans un certain mélange : on commence par du moderne, on fait une incursion dans le baroque, pour repartir dans du classique, avant de donner du Malandin-refait-Mozart, et de finir dans un joyeux bordel organisé de... je ne sais plus qui. (Oups, paye ton compte-rendu...)

Il y a de la jeune fille qui ferait frémir le responsable de l'eugénisme du ballet de l'opéra de Paris : trop grande, trop de cuisses, trop de présence ! J'aime ! Mélange hétéroclite de jeunes talentueux, et pourtant homogène dans sa prestation globale de qualité, cette compagnie itinérante redonne la pèche : c'est bien ce qu'on lui demande.

(À un moment, le présentateur part dans un délire lyrique pour nous prouver que la danse est immortelle car "dans les jambes", au contraire des livres qui brûlent — passation orale vs passation écrite, en somme. Et ce quelques minutes après nous avoir avoué qu'on avait perdu tout un pan de la danse — je ne parle même pas des remontages plus ou moins hasardeux, "revisités". Art vivant, je veux bien, mais stop à l'ethnocentrisme fantasmé !!)