La souris aime beaucoup Michel Gondry, que je connais en fait assez peu, personnellement. C'est ainsi que je me suis retrouvé en salle pour "The We and The I" : un hasard heureux. On commence dans une ambiance hip-hop fantaisiste, dans un bus new-yorkais de fin d'année, juste avant les vacances, bondé de lycéens et de malheureux voyageurs qui vont devoir les subir un bon bout de temps. Avec une durée de 1h43, le film peut être tourné en (quasi-)temps réel — la traversée de Marseille en bus, depuis le centre vers la périphérie, ne prend pas moins de temps ! Nous suivons donc les turpitudes et les aventures de ce huis clos mobile, dont on ne s'échappe que pour des séquences narratives (souvenirs ou fantasmes). Road movie de groupe, étudiant malicieusement les interactions entre le groupe et les individus, le premier évoluant au fil des descentes des seconds, le film est d'une perspicacité sociologique et psychologique de l'adolescence en transformation vers l'âge adulte qui ne cesse d'étonner, tant son approche est légère, brute et survoltée à la fois.

Ayant vécu ce genre de ramassage scolaire où ceux du fond font régner la terreur pendant que de petits groupes identifiés tentent de mener leurs vies cloisonnées entre elles, dans une dynamique de relations particulière et définie (et se redéfinissant aussi, non sans difficultés), cela m'a évidemment parlé. D'autant que nous sommes dans le Bronx. Seules différences avec mon époque marseillaise : aucun vol ni de bagarre, et pas de "chauffeur, chauffeur, on t'encule" — ça reste donc plus civilisé que par chez moi. Ceci étant, l'usage des réseaux sociaux, avec l'omni-présence du smartphone 3G (alors que la plupart de ces familles s'entassent dans des 25 m² pourris...), donnent une dimension supplémentaire pour les non-adolescent de cette génération — la diffusion virale d'une vidéo "drôle" (forcément moqueuse) trahit les relations des uns et des autres, d'amitié ou d'amour espéré.

Perspicace, assez acide mais jamais amer : un fort bon (et très original) film !