Avec trois M, on adhère, mais avec quatre, comment ne pas être subjugué ? Dans une loge perchée, trop de côté pour être confortable (n°10, 2ndes), voilà de quoi se tordre le cou ; quand on y voit plus rien sur scène, il reste au moins le spectacle de B#4 dans toutes les positions (le paparazzi de la loge d'à côté ne nous fera pas chanter, au moins ?). Soirée VIPouile, Bernie est plein centre du balcon, ça tape à 130€ de la soirée, mais nos places sont toujours à 10€ (quoiqu'en réalité, on a profité de l'absence des gens du 2e rang, sinon on n'aurait vraiment rien vu du tout...). Première ET défilé du corps de ballet.

Ah, ce corps de ballet ! Surtout le corps de Mathilde en 2e position jardin (ouf, bon côté du théâtre à l'italienne !) — j'ai lancé les applaudissements, le public a un peu dormi sur le coup. Et celui de Myriam, acclamée, plus que tout autre : le public parisien sait se faire entendre pour les grandes causes. Beau défilé, B#4 et son oeil perçant d'écureuil (quoique fort bleu) a repéré des gamines pas top et des cuivres qui ont eu du mal à démarrer sous la baguette de Fayçal Karoui (personnellement, j'étais plutôt en train d'ajuster la position acrobatique la plus optimisée). Et puis mini-entracte, dont on n'était pas trop sûr faute d'avoir eu un programme (le temps d'en avoir un — même pas deux — il était quasiment trop tard).

Sérénade a été donné 88 fois, bien moins que les deux autres pièces au programme (118 et 122 représentations). Sur la musique de Tchaïkovski, il doit vraiment y avoir une histoire sous ces croisements de ballerines, mais on y comprend encore moins en étant de côté — et donc, c'est un peu plus ennuyeux, surtout quand on perd le couple Myriam/Mathilde de la répet'. Ludmila Pagliero (devenue rousse foncée — B#4 en est fort heureuse, mais chez elle c'est naturel et photosensible, inimitable), Laëticia Pujol, Eleonora Abbagnato (effectivement bloquée du haut du corps, une balletomane ne laisse rien passer) et Hervé Moreau. Et Mathilde Froustey, quand même, pour nous éclairer le truc — personnage supplémentaire du groupe principal, dans la masse dansante bleue sinon. Malheureusement, plus de Mathiiiiilde ensuite. À part, Sérénade, c'est pas émouvant outre mesure, 33 minutes longuettes (B#4 demande s'il y a quelqu'un qui aime, en réalité — mais elle est parfois très dure, comme fille).

Suis Agon, bien plus intéressant en fait, sur sa musique jazzy de Stravinsky. 1957 vs 1934, aussi (et le dernier ballet, de 1929, sentait aussi un peu la poussière), ça y fait. Costumes noirs aux extrémités blanches, le mouvement fluide et saccadé donnent un dynamisme entrainant alors que se font et se défont les petits groupes dansants. Mathieu Ganio, Nolwenn Daniel, Muriel Zusperreguy ; Myriam Ould Braham, Alessio Carbone, Christophe Duquenne ; Aurélie Dupont, Nicolas Le Riche ; Marie-Solène Boulet, Héloïse Bourdon, Laura Hecquet, Fanny Gorse. Myriam est sublime. Le couple Dupont/Le Riche marche toujours après toutes ces années. On peut dire que c'est le point culminant de la soirée, même si... on a vécu mieux à l'opéra.

Entracte, on se retrouve "au sapin"... ou pas. Pour une raison assez mystérieuse, le groupement de balletomanes s'est arrêté dans un coin devant le bar — peu pratique. Il manque la souris, le p'tit rat (qui n'a pas eu de pass', c'était trop optimiste cette fois) et JoPrincesse, sinon tout le monde y est bien. Je ne quitte pas ma B#4, sait-on jamais. De retour dans notre loge, on peut constater deux places libres en front row plein centre du balcon, qui narguent tous ceux qui se tordent pour arriver à voir les 2/3 de la scène au mieux. Et pas le patriarche du "fils prodigue" : au fond du côté cour, aucun espoir. Il manque donc des bouts de la pièce, c'est couillon...

Jérémie Bélingard se laisse donc aller avec la courtisane Marie-Agnès Gillot, avant de revenir au bercail ruiné, volé et en guenilles. B#4 a vu des martiens. C'est vrai qu'il y a des bestiaux étranges, dans ce ballet. 37 minutes. Des décors kitschounets après deux séances de bleus à peine différenciés. Pas inoubliable pour autant. Bien bonne musique de Prokofiev, qui sonne tel. En fait, Balanchine doit attirer les foules par réputation auto-alimentée de milieux bourgeois et par le fait qu'au final, ça ne peut pas déplaire plus que ça ne plaît. Ensuite, il suffit d'emmener sa balletomane préférée pour être sûr de passer une agréable soirée.