Résumons donc la journée de mercredi dernier : aller à la fac le matin, retour immédiat, puis re-allé à la fac, et retour chez moi (avec 10kg de fascicules), pour repartir visiter la philharmonie, avant de revenir chez moi, pour repartir vers l'opéra, mieux habillé — pas comme pour aller sur un chantier, mais pour une soirée halloween en orange. À Garnier. Forcément, ça donne une arrivée à 19h32 : impossible de profiter de l'aubaine des places au tarif dernière minute, il fallait bien une complice interne, la souris, pour me mettre une place à 10€ de côté à l'accueil, dans une loge de côté qui par chance était plutôt vide — la 11e, deuxième rang, nécessaire de se mettre debout pour bien voir.

La création de Marie-Agnès Gillot, "Sous apparence", inspirait beaucoup d'interrogations depuis quelques temps. Surtout avec les affiches placardées partout : des pointes sur les hommes, du shibari/kinbaku tortue/kikkou (NSFW) pour tous et toutes. Et c'est en effet rapidement par cela que l'on commence, sur la scène, dans une ambiance crépusculaire. À en juger par le kaki et les casquette, on soupçonne une référence nippone guerrière. D'autant que les costumes se multiplient sur scène, dans une chorégraphie fort esthétique autour d'un rocher central. Et puis tout à coup... Des sapins qui dansent. Scène 2 : bienvenue dans le WTF total. Il y a des espèces de chamallows, une myrtille, c'est du très grand n'importe quoi ; comment n'a-t-on pu pas voir que ça dépassait les bornes des limites du ridicule total ? Et puis une fois passé cette crise chorégraphique, on revient au shibari (il n'y aura plus qu'une apparition furtive du chamallow). Mais cette fois, dans les couleurs qui font mal aux yeux, un truc impensable. Pas mal du tout. On essaie de comprendre ce que viennent faire ces double-pointes montées de chaque côté d'une jambe-doudou qu'affectionnent les danseurs (symboles phalliques pour certaines). Une série de glissades, tout à coup, d'hommes et de femmes tous en pointes. Un peu long, pour pas grand chose. Il y a vraiment à boire et à manger. On termine autour du mur de la maison mouvant, qui décidément doit gâcher la vue de tout le côté pair de la salle...

On a lu bien des conneries en compte-rendu, sur ce ballet — dans le programme, la citation de MAG, "les apparences sont innocentes de nos erreurs", a laissé la Pythie penseuses plusieurs jours durant. Et des critiques assassines aussi. Résumons :



POURCONTRE
* excellents choix musicaux (découverte de Morton Feldman et ses extraits de "Rothko Chapel" ; du Ligeti ; des extraits de la messe n°2 de Bruckner) par un Accentus/Equilbey excellent
* des visuels intéressants/esthétiques, parfois
* du bondage à l'opéra
* des costumes transparents qui laissent voir les nichons des danseuses
* les nichons d'Alice Renavand
* WTF limite foutage de gueule un peu trop souvent...
* des visuels un peu éculés qui font semblant d'être hyper originaux (mais non, en fait, pas vraiment)
* un tas d'idées qu'elles auraient pu être bonnes mais en fait pas vraiment (et un peu prétentieux quand même)


Évidemment, avec un tel éclairage, on devine que mon avis est très légèrement positif, grâce à la musique et aux nichons d'Alice Renavand (manipulée par Vicent Chaillet en compagnie de Laëticia Pujol), toute pseudo-entravée dans les cordes.

Entracte. On retrouve les balletomanes de la première. Les plus oranges sont emplumée et B#6 (qui boude toujours, elle a la foi ! Ce qui n'enlève au mérite de sa tenue fort réussie et de son billet excellent sur Cunningham — à lire faute de photo de la miss).

Au retour, opération replacement : le balcon est farci de ministres (outre Bernie, on y trouve un Fabius, un Lang... Pas mal d'aropeux en chef), pas loin de la souris il y a encore des trous (mais plus beaucoup). C'est ainsi que je me retrouve juste derrière Bribri, dont le voisin est à côté de la souris. Petite scène amusante durant la pièce suivante (un peu plus d'une heure, après la demie-heure de la première partie) : le type derrière la souris lui demande de se tasser, parce qu'il a du mal à voir, ce à quoi la demoiselle lui répond qu'elle veut bien, mais ce serait elle qui a son tour ne verrait plus rien, étant donné les dimensions hors normes de son voisin de devant. Voilà qui est gênant, et qui interpelle le voisin de gauche, manifestement proche de la direction, à laquelle remonte l'affaire, avant qu'une décision ne soit prise : le voisin de devant se fait demander un tassage par les grands pontes de l'opéra.

Bref, Cunningham. "Un jour ou deux". Certains ne connaissent toujours pas, probablement que c'est peu donné. J'expliquais donc que c'est comme du John Cage en musique. Bingo, c'est justement du Cunningham-Cage. Dans la fosse, l'étang au complet : des crapauds, des oiseaux, un avion qui passe (apparemment il était enregistré, celui-là). Les danseurs sont-ils des hérons, tout gris ? Ça bouge comme du Cunningham : on peut en faire une heure, dix heures, dix jours comme ça. Un peu plus d'interactions que d'habitude : ça pouvait être pire (créé à/pour Paris en 73). Il n'empêche : on voit des spectateurs craquer plus ou moins rapidement et quitter la salle (la Pythie, le lendemain, a tenu dix minutes ! — "Génération twitter sans patience", a-t-on pu lire dans le JDD...). C'est à mi-chemin entre le fascinant et l'ennuyeux. Plus vers le second cependant. Fin des festivités vers 22h00...